Des Racines et des Lettres

Expressions, blasons, devises, étymologie et toponymie.

"De fil en aiguille"

Connaissiez-vous l'origine de l'expression "De fil en aiguille" ?

Les Heures de Marguerite d'Orléans (vers 1430) - France

Nous utilisons cette expression pour décrire un enchaînement de propos ou d'idées se succédant les uns aux autres.

Figurant dès 1275 dans "Le Roman de la Rose" (écrit par Guillaume de Lorris et Jean de Meung), cette expression nous vient du Moyen-Âge, époque où les familles comptaient toutes au moins une couturière parmi leurs membres. Très souvent, les femmes aimaient à coudre ou broder en groupe, tout en discutant. À l'instar du fil qui passait dans le chas de l'aiguille, leur conversation passait d’un sujet à un autre selon une certaine logique et dans la continuité. Elles entretenaient ainsi des relations sociales.

Un peu d'histoire
La naissance de la couture remonte au Paléolithique Supérieur, grâce à l'invention de l’aiguille à chas permettant d’assembler les pièces de vêtement coupées. Les peaux et fourrures sont alors les seuls matériaux dont disposent l
Aiguille en os (17 000 ans), Gourdan - Francees hommes pour se vêtir ou créer des abris.
La plus ancienne aiguille à chas au monde est datée de plus de 45 000 ans ; elle a été découverte dans la grotte de Denisova (Russie). Elle pourrait avoir été faite par des Denisoviens. Réalisée dans un os d'oiseau, elle mesure 7,6 cm.
Les aiguilles sont d’abord fabriquées en ivoire de mammouth, en os de renne ou en défense de morse. Certaines sont déjà très fines.
Les Inuits, par exemple, utilisaient le tendon du caribou en guise d'aiguille à tricoter ; les peuples indigènes des plaines américaines utilisaient des méthodes de coutures sophistiquées pour assembler les tipis.
En Afrique, la couture s'est associée au tissage des feuilles permettant de créer des paniers.
L'assemblage de vêtements à base de fibres naturelles provient du Moyen-Orient aux alentours de 4000 ans av. J-C., voire plus tôt durant l'Ère Néolithique.

Au Moyen-Âge, la plupart des femmes françaises apprennent à filer, tisser, coudre et broder. Ce sont souvent les mères qui enseignent la couture à leurs filles.Ciseaux et des épingles du Moyen-Age
La société médiévale fait preuve d'une aversion pour les mélanges de couleurs, opérations jugées infernales car elles enfreignent l’ordre et la nature des choses. On ne mélange pas les couleurs, on juxtapose, on superpose. Le bariolage sur un tissu est la marque de la souillure, marque infâmante.
Certaines catégories sociales sont identifiables par les couleurs (seules ou en combinaison) de leurs vêtements, qui leurs sont imposées par des règlements et des statuts sous formes (croix, rouelle, bande, écharpe, ruban, bonnet, gants, chaperon). Ainsi, succinctement et à titre d'exemple, en France :

- blanc et noir : seuls ou en association désignent les misérables et les infirmes (lépreux)
- rouge :les bourreaux et les prostituées
- jaune : les faussaires, les hérétiques et les personnes de confession israélite.
- vert seul ou jaune et vert : musiciens, jongleurs, bouffons, fous.

Le Roman de la Rose
Il s'agit d'une œuvre résumant toute l'aventure de la courtoisie et réunissant sous un même titre deux fictions
Pierre de Crescens  (1470), París.jpgallégoriques, composées à intervalle de quarante ans par deux poètes de tempéraments opposés : Guillaume de Lorris et Jean de Meung.
Dans la première partie écrite vers 1230 par Guillaume de Lorris, le verger ou jardin paradisiaque est un lieu désarmé, où les chevaliers brillent par autre chose que leur force physique et leurs qualités guerrières ; la véritable distinction réside dans le raffinement des manières. L'allégorie de Guillaume de Lorris résume le postulat de base de la courtoisie : elle exalte la force du désir, mais elle refuse la jouissance ultime qui le comblerait et le détruirait en même temps.
La seconde partie, composée entre 1264 et 1269 par Jean de Meung, est avant tout une satire : l'auteur s'en prend aux ordres monastiques,
Le Roman de la Rose traduit en anglais par Geoffrey Chaucer,(1440).jpg prédicateurs et mendiants, et surtout aux religieux hypocrites qui n'ont de religieux que l'habit, au célibat des clercs ordonnés, à la noblesse, au Saint-Siège, aux prétentions excessives de la royauté, mais surtout aux femmes. La raison y prend le pas sur l'amour.

Au long du XIIIe siècle, la courtoisie a connu une évolution, tout en poursuivant un même but profond : domestiquer le mythe de la passion fatale de Tristan et Yseult.

Le mot "roman" est issu du latin populaire "romacium" formé à partir de l’adverbe "romanice" qui signifie "en langue romaine vulgaire" (comprenant les langues romanes dont l'ancien français, "oil", "oc" et "si") parlées par la population des pays conquis Dés à coudre romains en bronze (Ier siècle)par Rome, par opposition au latin pratiqué par les lettrés.
Le roman désigne donc une œuvre en langage populaire.
C'est aux alentours de 1135 que les auteurs commencent à désigner leurs oeuvres narratives sous le nom de "roman". Bien que novateur et original, le roman puise de nombreux motifs dans les genres littéraires qui l'ont précédé. Il est novateur car il mêle les exploits guerriers de la chanson de geste, la vision amoureuse de la poésie lyrique et puise dans les légendes celtiques.
Enluminure (XIVe siècle) extraite du Roman de la Rose.jpg  
Dans la littérature française, l'inventeur du roman médiéval est Chrétien de Troyes (1130 - 1180 ou 90). Auteur de cinq romans traitant de la quête arthurienne et de la Table Ronde (il mourut avant de terminer le dernier intitulé le "Conte du Graal") rédigés en vers octosyllabiques et en langue d'oil, .

Le terme de langue "d'oil", langue "d'oc" et de langue de "si" fut créé par Dante dans son ouvrage "De vulgari eloquentia" en 1303-1304 : il Dés à coudre en laiton et en cuivre (XIIe - XVIe siècles)distingue trois langues romanes selon leur manière de dire "oui" :
- la langue d’oc (lingua d’oco) parlée au sud de la Loire
- la langue d’oïl (qui donnera le français) parlée au nord de la Loire ; le "oui" du français moderne est issu de "oïl"
- la langue de si (qui donnera l’italien).

Jusqu'au XIIe siècle, exception faite des écrits religieux et juridiques, les textes étaient rédigés en vers octosyllabiques.

Les Très Riches Heures du Duc de Berry (vers 1440)

"La catastrophe terrifie, et la désolation succède à la panique"

"La catastrophe terrifie, et la désolation succède à la panique"

Pompei - Italie

Nous pourrions tout aussi bien dire :

"Le bouleversement fait trembler, et le dépeuplement succède à la peur".

"Catastrophe"
Entré dans la langue française à partir du latin "catastropha"
L'éruption du Vésuve - Pierre-Jacques Volaire (1802)(évènement décisif) ce mot est issu du grec ancien "katastrophế", littéralement "katá" (vers le bas) et "strophê" (retournement, tournant). La "kastrophê" désignait en littérature la partie traitant le dénouement d'un poème dramatique ou d'une tragédie sous forme d'évènement décisif et destructeur qui bouleverse et qui ruine. En somme, un "coup de théâtre".

"Terrifier"
Du latin "terreo" (faire trembler, effrayer, épouvanter, faire peur), le verbe "terrifier" est issu du grec ancien "tréô" (trembler). On retrouve ce radical dans l'indo-européen commun *tres-" (trembler), en sanscrit "trásati" (trembler), "trasayati" (faire trembler).

"Panique"
Le mot panique est issu du grec "panikos", relatif à Pan. Mi-homme, mi-bouc,
Mosaïque au dieu Pan (IIe siècle av. J.C.), Genazzano - ItaliePan était le dieu des bergers, des pâturages et des bois. À l'instar de tous les dieux sylvains il s'amusait à effrayer les voyageurs qui s'égaraient dans les bois en leur apparaissant soudainement. La "panique", était la manifestation humaine de la colère de Pan.
En effet, s'il était naturellement le protecteur des pâtres et de leurs troupeaux, Pan était également considéré comme le dieu de la foule hystérique ; il avait le pouvoir de faire perdre son humanité à l'individu terrifié qu'il démembrait et dont il éparpillait les morceaux..

"Désolation"
En latin "desolatio" (destruction), issu du verbe "desolare" dont la racine est "solus" ou "sollus" (seul, unique, isolé, délaissé, abandonné) ;
Pompei - Italieainsi, "de-solare" signifiait "laisser seul, dépeupler, déserter, ravager, abandonner, priver de) par opposition à "consolare" (consoler, restaurer, réconforter).
Jusqu'au XIVe siècle, le verbe "désoler" était employé au participe passé pour "déserté" et à l'actif pour "ravager, dépeupler". Par la suite il a pris le sens que nous lui connaissons : "plonger dans une affliction extrême". Depuis 1672, il est également intégré dans l'usage de politesse, prenant une forme allégée en "contrarier, ennuyer", par exemple : "Je suis vraiment désolé pour vous !"

Un peu de mythologie
Lors du combat des Titans contre les dieux de l'Olympe, Pan ramassa une conque qu'il avait Syrinxtrouvée sur le rivage et s'en fit un porte-voix. Le mugissement fut tel qu'il plongea les Titans dans l’effroi et que ces derniers prirent la fuite, croyant avoir affaire à une puissance très supérieure à la leur.
Amateur de musique, Pan avait inventé la syrinx (flûte à sept tuyaux appelée "flûte de Pan") qui devint la flûte des bergers ; la nymphe Syrinx, en essayant d’échapper à ses assiduités, fut transformée en roseaux, à partir desquels Pan fabriqua ses flûtes.

Un peu d'histoire
Nous sommes sous le règne de l'empereur Titus. Le 24 août* 79, entre dix heures et midi, le Vésuve entame la destruction de Pompéi. La ville est progressivement ensevelie sous une épaisse couche de cendres et de magma.

Au cours des sept premières heures de l'éruption, des pierres ponces blanches tombent sur Pompéi, au rythme de Fresque de chasse, Pompei - Italie15 cm par heure, s'accumulant à hauteur de 1,30 m - 1,40 m.
Vers 8 heures du soir, la composition du magma se modifie et une pluie de pierres ponces plus foncées, dites "grises", s'abat sur Pompéi. La couche totale des pierres ponces atteint quelques 2,80 m d'épaisseur. Elle est si lourde que les toits des maisons s'effondrent, tuant un certain nombre d'habitants et entravant progressivement le chemin de ceux qui tentent de s'enfuir.
Parmi eux, l'écrivain et naturaliste Pline l'Ancien et ses compagnons
Pline l'Ancien"mettent sur leur tête des coussins et les attachent avec des tissus". Il est d'autant plus difficile de se déplacer que le nuage volcanique voile le soleil et que l'éruption s'accompagne de secousses sismiques.
Dans ses "Lettres", Pline le Jeune (neveu du précédent) les décrit "...si fortes que tout semblait non plus bouger, mais se renverser... on voyait d'autre part la mer retirée et comme tenue à l'écart du rivage par les secousses de la terre".

La seconde phase - la plus destructrice - commence le matin du deuxième jour vers 1h.
Lorsqu'une colonne éruptive ne peut plus supporter la charge en fragments, elle s'effondre sur elle-même et
Gaius plinus secundus histoire naturelledonne naissance à des écoulements (déferlantes pyroclastiques) plus ou moins denses de matériaux incandescents et de gaz le long des flancs du volcan, appelés "nuées ardentes".
Herculanum, une petite ville côtière à l'ouest de Pompéi, est rayée de la carte.
À l'aube, plusieurs déferlantes pyroclastiques atteignent Pompéi. Elles ont un effet dévastateur. Une masse fluide se déverse sur la ville, entraînant l'anéantissement de tout ce qui vit encore, que ce soit dans les rues ou dans les maisons. Une cendre fine, mêlée de gaz, pénètre dans les poumons et provoque l'asphyxie. Lorsque la dernière déferlante, la plus dévastatrice, touche la ville vers 8 heures du matin, toute vie y a déjà cessé. Pompéi disparaît sous six mètres de lapilli (fines particules de roches volcaniques) et Herculanum sous seize mètres de boues.

Sur les 10.000 à 15.000 habitants que devait compter Pompéi, le nombre de victimes qui succombèrent par asphyxie sousThermopolium, Pompei - Italie les nuées ardentes et retrouvées à ce jour est d'environ 3000 .
Dans les campagnes environnantes, les victimes ont dû se chiffrer par dizaine de milliers. Toutes n'ont pas été asphyxiées mais tuées instantanément par une violente vague de chaleur et de poussière.
Pline l'Ancien, qui avait tenté de fuir par la mer, mourut asphyxié par les émanations de gaz sulfureux. Son corps sera découvert trois jours plus tard.

Fresque panoramique, Villa des Mystères, Pompéi - Italie

* La date du 24 août demeure incertaine et, du fait de plusieurs indices, pourrait être celle du 24 octobre de la même année :
Le seul témoin oculaire survivant fiable, Pline le Jeune, âgé de 17 ans à l'époque de l'éruption, relate l'événement dans deux lettres adressées en l'an 104 à l'historien Tacite.

La date exacte de l'éruption fut longtemps placée au 24 août 79 car la majorité des manuscrits de Pline portait la mention des calendes de septembre, quelques manuscrits cependant portaient des leçons indiquant des dates différentes et légèrement postérieures.
L'une indique en particulier les calendes de novembre (1er novembre), peut-être faut-il alors placer l'éruption le neuvième jour avant les calendes de novembre, soit le 24 octobre de notre calendrier. Longtemps délaissée cette datation a suscité à nouveau l'intérêt des historiens grâce à des indices de plus en plus nombreux qui semblaient placer l'éruption en automne :

- des dolia (grandes amphores) semblaient contenir du vin fraîchement pressé ;
- des braseros étaient allumés le jour de l'éruption ;
- les victimes retrouvées dans la cendre portaient des vêtements plus chauds que les tuniques claires d'été ;
- la végétation indiquait l'automne : noix, figues et inversement les fruits d'été typiques d'un mois d'août étaient déjà vendus séchés ou en conserves ;
- l'analyse de monnaies trouvées en 1974 datant de la quinzième salutation impériale de Titus, nécessairement postérieures au début de septembre 79.

Fresque

"Désir et travail, fondements d'une nouvelle église ?

Désir et travail, fondements d'une nouvelle église ?

Si nous vivions encore en des temps très anciens, cette phrase pourrait être comprise de la façon suivante :

"Déception et souffrance, fondements d'une nouvelle assemblée du peuple ?"


Désir
Le sens que nous attribuons aujourd'hui au mot "désir" est synonyme de "souhait", "volonté d'obtenir". Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

En réalité, le mot "désir" est issu du verbe latin "desiderare", dérivé lui-même de "sidus", "sideris" (constellation, astre, étoile).

Ciel constelléAu sens littéral, "desiderare" signifie "cesser de contempler l'étoile, l'astre".
Rappelons qu'en français, le verbe "sidérer" qui signifie "être ébahi, stupéfait" vient du latin "siderari" : subir l’influence néfaste des astres.  
"Desiderium" et "desiderata" signifiaient à la fois "désir" et "regret", car "desiderare", c'était regretter, déplorer la perte de quelque chose ou de quelqu'un, éprouver de la nostalgie pour un astre disparu.
"Desiderare", qui était propre au vocabulaire des augures de l'Antiquité, signifiait "regretter l’absence de l’astre, du signe favorable à la destinée", par opposition au verbe "considerare", considérer, contempler sa présence et par extension, l'examiner attentivement.  
De même chez les marins d'antan, "desiderare", c'était constater l’absence d’un astre, ce qui associait ce verbe à sentiment de déception.

Travail
Le mot "travail" provient du latin "tripalium". Le tripalium était un instrument d’immobilisation à trois pieux utilisé par les Romains et destiné à torturer les esclaves rebelles.
Tripalium
C'était également un instrument servant à ferrer de force les chevaux rétifs.
Au XIIe siècle, le mot travail avait pour signification "
tourment, souffrance", le métier en tant que tel étant plutôt désigné par "labeur", du latin "labor" (peine, effort), donnant également "labour" au sens spécifique de travail dans les champs puis, plus tard, de sillonner la terre.
Ainsi,durant des siècles, "travail" a été l'incontournable synonyme de "souffrance".
De nos jours, nous lui préférons souvent le terme plus sophistiqué "d'activité professionnelle" ou celui plus approprié de "métier" . Métier : de l’ancien français "mestier", issu du latin "ministerium", service, qui donna également au Xe siècle "ministère", c'est-à-dire "service, office".
Notons qu'à la fin du XIIe siècle, une "femme de mestier" désignait une prostituée.
En revanche, "travail" a conservé son sens originel en matière d'accouchement ou de mise bas chez les animaux ; on parle alors de "phases de travail".


Église
PériclèsLe mot "église" provient du grec ancien "ekklesia" signifiant "assemblée du peuple", lui-même issu du verbe "ekkaleô", "convoquer, appeler au-dehors".
À l'avènement de l'ère chrétienne, il a été assimilé
au culte, à ses officiants et aux édifices religieux permettant aux croyants de se réunir. 

L'alliance des mots désir, déception et regret serait-elle donc inéluctablement scellée ?

Celle du travail et de la souffrance est-elle indissoluble pour jamais ?

La grande assemblée du peuple de la terre sera-t-elle l'église de demain, et ne pourrait-elle se constituer que sur la base du regret et de la souffrance ?

Autant de questions qui, depuis des lustres, agitent les méninges de nombreux penseurs.

Abbaye de Sénanque, Gordes - France

"Copains comme cochons"

Connaissiez-vous l'origine de l'expression "Copains comme cochons" ?

Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503 1508), Jean Bourdichon

En réalité, nous devrions dire : "Copains comme soçons".
Dans cette expression, le mot "cochon" est une déformation du mot "soçon" issu du latin "socius", uni, joint, associé, compagnon. Soçon a parfois été modifié en "chochon" qui désignait "le camarade".
Chevaux de trait comtois (soçons)Autrefois, dans certaines régions de France, un "soçon" était un cheval de trait prêté pour labourer à deux chevaux par quelqu'un à qui l'on prêtait soi-même le sien lorsqu'il en avait besoin pour la même tâche.
"Socius" étant issu du verbe "sequor" (suivre), nous retrouvons sa racine dans le mot "société", "associer" - entre autre - mais également dans le mot "secte" (du latin "secta" : ligne de conduite, façon de vivre, principes).

Quant  au  mot  "copains", dérivé  de  "compagnon", il  est  une  altération  du  mot "compainz"  employé  vers  la  fin  du  XIe siècle. "Compagnon"  issu  du  latin  populaire  "companio"  est  composé  de  "cum" (avec)  et  de  "panis" (pain), ce  qui  signifie au  sens  littéral "celui qui partage son pain avec".
Au  cours  du  temps, il  s'étendra  au  sens  de  "celui  qui  partage  ses  activités  avec  quelqu’un".
Qui dit compagnon dit compagnonnage.

Le Compagnonnage
En Égypte, à Rome, et dans toutes les civilisations bâtisseuses, les ouvriers et les artisans se regroupaient, s’épaulaient et échangeaient leurs connaissances.

La Tour de Babel, Pieter Brueghel l'Ancien (1563)Le compagnonnage est un groupement de personnes dont le but est généralement entraide, protection, éducation et transmission des connaissances  entre  tous  ses  membres. L'un des plus fameux exemples de compagnonnage que nous  connaissions  aujourd'hui en France est celui des Compagnons du Devoir.
Les  légendes  font  naître  le  compagnonnage au Xe  siècle av. J.C. sur  le  chantier mythique du  premier  Temple  de Jérusalem (959  à 951 av. J.C.). Là, sous l’autorité du roi Salomon et de son architecte Hiram, un ordre compagnonnique aurait vu le jour, organisé autour de deux autres personnages : maître Jacques, tailleur de pierre, et le père Soubise, charpentier. Jacques et Soubise auraient introduit le rite en Gaule.
Les différentes sociétés de Compagnonnage se sont rangées sous les bannières de Salomon,
Polyèdre taillé par un Compagnon (1906), Champniers - FranceMaître Jacques et Soubise.
Maître Jacques est par tradition l'ancêtre de deux corporations de Compagnons tailleurs de  pierre  qui  virent  le  jour  en  558 av. J.C. : les  "Loups", pour  les  uns, qui  se  plaçaient  à  la  tête  de  tous  les  autres  corps  du  Devoir, et  les  "Loups  Garous"  pour  les  autres.
Le Père Soubise, lui, est considéré comme étant fondateur de la corporation des charpentiers, surnommés les "Renards" ou "Enfants de Salomon".

L'étude comparée des traditions inhérentes à différents pays du monde semble montrer que ces artisans se sont transmis des connaissances plus ou moins secrètes, de génération en génération.
Rose sud (1205 à 1240), cathédrale de Chartres - FranceC'est à cette élite d’hommes de métier en quête d’excellence que nous devons tant de cathédrales, églises, abbayes  et  autres  édifices  médiévaux  européens (des signes tracés dans les pierres et dans les charpentes, particuliers  aux  compagnons  y  sont  reconnaissables) : témoins  tant  de  leurs  connaissances  très  avancées  en matière de technique architecturale que de leur savoir-faire.
De ce temps des cathédrales ils nous est parvenue une expression toujours usitée : le "Pot de vin".
Le pot de vin qui, de nos jours est devenu synonyme de corruption  était  au  XIIe  siècle  un  "bonus"  offert aux Compagnons  qui  avaient  accompli  leur  tâche en un temps plus court que prévu : ces derniers pouvaient se rendre  à  l'auberge  ou  à  la  taverne  du  lieu  où  se situait  le  chantier  afin  d'y  percevoir  un  "pourboire"  sous  la  forme  d'un  pot  de  vin.
Miséricorde en bois (XIVe - XVe siècle), abbaye de Sainte-Foy, Conques - France.
Très vite, à l'instar de celles des tailleurs de pierres et des charpentiers, d'autres corporations furent créées : le savoir-faire compagnonnique s'étendit à l'ébénisterie d'art, au travail des métaux, à la couverture (toiture), travail du cuir (selliers, cordonniers, bottiers), travail  des  textiles  et, plus récemment, aux  métiers  de  la  plomberie, de  la  carrosserie  et  aux métiers  de bouche.
La première mention indiscutable des pratiques compagnonniques remonte à l'année 1420, lorsque le roi Charles VI rédige une ordonnance pour les cordonniers de Troyes dans laquelle il est dit que :
"Plusieurs compaignons et ouvriers du dit mestier, de plusieurs langues et nations, alloient et venoient de ville en ville ouvrer pour apprendre, congnoistre, veoir et savoir les uns des autres."

Les Compagnons du Devoir, du Tour de France, et ceux des métiers du bâtiment, sont Rampe d'Escalier, du Château de Bellevue (XVIII siècle) propriété de Madame de Pompadour à Meudontoujours bien vivants. Leurs précieux savoirs et leurs secrets de construction en font des hommes considérés et admirés de tous. Aujourd'hui encore, ils continuent d'accueillir les jeunes gens désireux d'exercer les métiers exigeant intelligence manuelle et créativité afin de les former, leur transmettant ainsi les précieux savoir-faire ancestraux.
Mais cet apprentissage n'est pas un apprentissage comme les autres ; il est dispensé sous un double aspect : une pédagogie, reposant sur le métier au contact des Anciens selon une règle très stricte basée sur la transmission des valeurs morales d'honnêteté, de respect, d'humilité, d'assiduité, de rectitude, de rigueur, de solidarité, d'adaptabilité, d'ouverture d'esprit et de partage.

La durée de l’apprentissage varie selon les individus, les corps de métiers et les groupements compagnonniques et peut s'étendre de trois à sept ans (parfois plus). Il s'échelonne en trois étapes : Apprenti, Compagnon sédentaire ou itinérant, Compagnon fini ou Maître.
L'apprentissage inclut également une période de "cavale" (un an au minimum), c'est-à-dire de voyage - obligations familiales permettant - à travers la France et au-delà de ses frontières. Le but de cette "cavale" est de parfaire et enrichir les connaissances auprès de plusieurs autres maîtres, en divers lieux (ou de chantier en chantier).
Le Compagnonnage est un modèle unique d'apprentissage professionnel, mais aussi éthique.
Ensemble de la façade ouest (1145 et 1155), cathédrale de ChartresC'est le consentement à la règle commune qui unit les Compagnons du Devoir, ainsi que le sens de l'honneur. Cet esprit de corps ne signifie pas que chacun doive renoncer à sa singularité. Au contraire, l'unité et donc la richesse du Compagnonnage est faite de différences ; chaque individu a sa place et participe, avec ses particularités, à l'intérêt commun.
Depuis 1842, tout étranger peut être admis, pourvu qu'il entende et parle correctement la langue française. Actuellement, les compagnons du devoir sont présents dans 45 pays des cinq continents, et dans toutes les régions de France.

La Cayenne, la Mère
- La Cayenne - du latin "caya", demeure, maison - est le lieu où se réunissent les
Cayenne de Brives-la-Gaillarde - Francecompagnons. Par extension, la cayenne désigne l’assemblée des compagnons elle-même. Ce terme qui est remplacé par "chambre" pour certaines corporations. Rituellement, on dit que les compagnons "descendent en cayenne" ou "montent en chambre". Au sein de leur Cayenne, Apprentis et Compagnons trouvent le gîte et le couvert, des Maîtres, du travail et autrefois la protection pour leurs familles et pour eux-mêmes. Les stagiaires et les membres confirmés devaient se conformer strictement aux règles et à certains principes de base.

- la Mère est le nom donné à la femme (épouse d'un Compagnon) qui, après avoir été dame-hôtesse, gère et anime un siège compagnonnique. Elle est choisie par les compagnons pour ses vertus et sa fidélité aux valeurs du Compagnonnage. Compagnon forgeron du devoirElle s'occupe de l'administration, du bon ordre et elle veille à ce que tout se passe bien sur le Tour de France et plus particulièrement pour les nouveaux jeunes arrivants. Par sa sensibilité de femme et de Mère, elle peut être un soutien plus approprié que celui des Compagnons pour des aspirants éloignés de leurs familles ou amis, car elle accompagne moralement les jeunes qui font leur Tour de France.
Par extension, la mère peut désigner également le siège lui-même. De par son rôle très important au sein de la Cayenne itinérante, elle est respectée par tous ; les compagnons l'appellent "Notre mère".

Apprenti, Aspirant-Compagnon et Compagnon Fini
Pour devenir Compagnon du Devoir, il faut préalablement devenir Affilié ou
Cannes de compagnons (XIXe-XXe siècle)Aspirant-Compagnon. Après quelque temps de formation l’Apprenti doit réaliser une "maquette d’adoption". À l'issue de la correction de cette maquette, la communauté des Aspirants et Compagnons jugera si l'apprenti ou le stagiaire peut être "adopté " en qualité d'Aspirant-Compagnon. Cette évaluation donne lieu à une "Cérémonie d’Adoption" ou "d'Affiliation", empreinte d’enseignements et de symboles qui marqueront à jamais l'Aspirant-Compagnon. À cette occasion, ce dernier reçoit ou choisit un surnom lié à sa région ou à sa ville d’origine (exemple : "Alphonse le Berry" ), une canne d'Aspirant-Compagnon, instrument de voyage et symbole de rectitude et de l’itinérance, un chapeau, un habit et des rubans colorés ou un baudrier. Le port de rubans colorés ou du baudrier par les Compagnons est une marque d’identité du groupe et du corps deLe Labyrinthe de la Cathédrale de Chartres (1200) métier. Y sont également imprimés un labyrinthe et la Tour de Babel, invitations à mettre de l’ordre dans son propre esprit ou rappels d’une œuvre demeurée inachevée ; ces deux figures désignent la quête de sens qui devra l'animer sur les chemins du Tour de France. Ces décors ne sont aujourd’hui portés que lors des cérémonies. Le lauréat fait désormais partie de la communauté des Compagnons, et peut partir quand il le souhaite pour commencer son Tour de France qui pourra durer six ou sept ans.
Au cours de ce périple appelé "cavale" ou "voyage", il poursuivra sa formation auprès de divers patrons et "pays" ou "coteries" qu'il fréquentera sur le Tour de France. Il trouvera partout une maison de compagnons, une "Cayenne" ou "Chambre".

Au retour de sa Cavale, l'Aspirant-Compagnon s'attèlera à un travail appelé communément "Chef-d'Oeuvre". Le chef-d'œuvre individuel existe depuis le Moyen Âge Rosace, cathédrale de Chartes - Franceet fut rendu obligatoire au XVe siècle. Il s'agit d'une œuvre imposée à un Aspirant-Compagnon pour pouvoir passer Maître en devenant Compagnon-Fini. Autrefois il ne pouvait être commencé qu'après sept ans d'apprentissage et son Tour de France achevé.
Cette création, suivant l'objectif de perfection qu'il s'est fixé, pourra lui demander plusieurs centaines d'heures de travail, voire plusieurs mois ou années pour certains. Il devra attester des compétences acquises par l'Aspirant-Compagnon au cours de ses années d'apprentissage et de voyage. L'oeuvre peut parfois être collective (deux ou trois Aspirants-Compagnons).
Ce "Chef d'Oeuvre" ou "Travail de Réception" étant accompli, celui-ci sera présenté lors d'une autre cérémonie appelée "Cérémonie de Réception" et soumis à l'opinion d'un jury composé de Compagnons et de Maîtres Anciens qui reconnaîtront ou non sa valeur.
Le déroulement de la Réception constitue un temps fort de la vie du Compagnon par la puissance du rituel et une véritable mise à l'épreuve psychologique du candidat. En cas de réussite,
Réception des Compagnons bâtisseurs sur l'île de Rhodes, Guillaume Caoursin (1480)la société lui confirmera alors son nom de Compagnon, complété par une caractéristique liée à son comportement ou sa qualification - le nouveau nom choisi doit marquer l’individu comme une investiture - exemple : "Avignonnais la Vertu"). On lui remettra une canne plus longue, et l'on procédera à de nouvelles frappes spécifiques sur ses couleurs (rubans, cordon ou baudrier).
Tous les rituels de réception sont composés d’épisodes destinés à éprouver la sincérité, la volonté, le courage, la moralité et l’engagement du candidat. Le serment d’être fidèle au Devoir et à ses Pays ou Coteries en constitue un épisode important.

Pommeau gravé du blason des Compagnons  Boulangers du Devoir (XIXe siècle)La canne est généralement en jonc, avec un grand bout ferré et un pommeau qui porte le nom du Compagnon, son Rite, sa Corporation, la date de sa Réception ; les cannes sont différentes selon les corporations :
- Enfants de Maître Jacques : canne à pomme d’ivoire
- Enfants du Père Soubise : canne à tête noire en corne
- Enfants de Salomon : canne à pommeau ou Torse.

Quelques sobriquets de Compagnons :
La Brie l'Ami du Trait : évoque la compétence d’un compagnon dans le dessin ;
La Clef des Coeurs de Fleurance : souligne le caractère de fraternité ;
Serrure dite
Tourangeau l'Ami des Arts ;
Bordelais le Résolu.

Enfin, le Premier Compagnon ou "Rouleur" est un Compagnon fini qui assure des responsabilités au sein de la corporation : il est reconnu par ses pairs au cours d'une cérémonie spéciale appelée "Cérémonie de Finition". Il s'occupe en particulier de l'accueil et du placement des Apprentis.

Devise des Compagnons du Devoir :
"Ni s'asservir, ni se servir, mais servir." ou "Servir sans s'asservir ni se servir."

Durant la plus grande partie de son histoire, le Compagnonnage ne comprenait que des Stèle de Compagnon, Croatiemétiers qui étaient exercés par des hommes. La force physique nécessaire, la pénibilité et la dangerosité des métiers du bâtiment, les risques liés au Tour de France et l’environnement socioculturel rendaient inconcevable l’admission des jeunes femmes au sein des sociétés compagnonniques.
L’évolution des mentalités a conduit une partie des Compagnons à envisager le passage d’une société masculine à une société mixte. 
Des mouvements compagnonniques dissidents se sont ouverts à la mixité dès 1978.
En 2004, l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir a adopté cette réforme.
Enseigne en fer forgé, Compagnon dit  
La première femme Compagnon a été reçue en 2006 (chez les tailleurs de pierre) et d’autres l’ont été depuis dans plusieurs métiers (tapissier, menuisier, boulanger, jardinier-paysagiste, etc.).

Extrait de la "Règle des Compagnons du Devoir", 2009 :
"Apprendre à travailler les éléments pour assurer son quotidien et, malgré les difficultés, se perfectionner sans cesse pour devenir avec patience capable de son métier. Mais également apprendre à ne pas gaspiller les ressources afin que d’autres, ailleurs et demain, puissent en vivre. Les Compagnons du Devoir se sont engagés à agir dans le respect de l’environnement.
Dépasser ses propres intérêts et, en Homme libre, se mettre au service des autres. Cela nécessite un travail quotidien sur soi-même, tant pour en acquérir patiemment les aptitudes que pour apprendre à s’effacer."

"L’homme pense parce qu’il a une main." Anaxagore.

Détail de vitrail (XIIIe siècle), cathédrale de Chartres - France

"Kernevez, Guenrouet, Vern, Ploumanac'h, Tréhoranteuc"

Que de sons envoûtants nous sont offerts par la fascinante Bretagne aux lieux mythiques, dont les noms résonnent comme autant d'incantations druidiques...

Alignements de Carnac, Bretagne - France
Mais bien avant les druides, la Bretagne était habitée depuis déjà 750 000 ans.
5.000 ans avant J.-C., des populations étaient sédentarisées, s'installant dans les vallées, près des points d'eau. C'est à ces dernières que nous devons les impressionnants Allée couverte de La Roche-aux-Fées, Essé - Bretagnemégalithes : menhirs, dolmens et cairns.
La Bretagne, "Breizh", de son nom originel, fut touchée dès le Ve siècle avant J.C. par un deuxième afflux de peuples celtiques venus de Grande Bretagne. Les Celtes imposèrent leur langue et leurs coutumes. Puis en 56 av. J.C., ce fut la conquête romaine. "Breizh" se latinisa en "Brittania" (ou aussi "Britannia") signifiant littéralement "le Pays des Bretons". Dès le Ier siècle, "Britannia" désignait la Bretagne insulaire, vaste province romaine qui comprenait l’Angleterre (l'Île de Bretagne), le pays de Galles et le sud de l’Écosse.Chemin des douaniers, Côte de Granit Rose - Bretagne
Cette partie maritime de la Gaule continentale​ et son arrière-pays (notre Bretagne) se nommait également en celtique continental ou gaulois "Aremorica" : "le pays qui fait face à la mer",
le pays des Aremorici "ceux qui habitent devant la mer, près de la mer" et comprenait également l'actuelle Normandie. Armorica est la
latinisation de ce terme d'où le nom de "Massif armoricain".
Mais revenons à Breizh, l'Armorique bretonne celtíque du Ve siècle av. J.C.
Le territoire est occupé par cinq peuples principaux qui ont laissé leurs noms à quelques villes. Ainsi : 
- Rennes (Roazhon en breton) tient son nom du peuple des Redones (en latin, "les cochers ou les cavaliers") résidant dans l'Est Remparts du Château de Fougères (1173) - Bretagnede l’actuel département de l’Ille-et-Vilaine. (Le nom de la ville de Redon est sans rapport avec celui de la tribu des Redones qui ont laissé leur nom à Rennes).
- Corseul (Kersaout) doit le sien aux Coriosolites ("les troupes qui veillent"​) dont le territoire se situait dans l'Est de l'actuel département des Côtes-d'Armor, dans l'Ouest de l'Ille-et-Vilaine et le Nord-Est du Morbihan.
- Vannes (Gwened) tient son nom du peuple des Vénètes ("ceux qui ont les cheveux blancs") qui s'étaient impalantés dans l’actuel Morbihan, apparentés aux peuples homonymes de Vénétie et du Gwynedd (région du pays de Galles).
- Les Osismes (dont le nom signifie "les plus hauts" ou "ceux du bout du monde") étaient localisés dans l'actuel département du Finistère Ouessant, Bretagne - Franceet la partie ouest des Côtes-d'Armor et du Morbihan, l'Île d'Ouessant comprise (en breton Enez Eusa, "l'ile la plus haute" ou "la plus éloignée"). Leur  capitale  était  Carhaix.
- Nantes, elle, a hérité  de  celui  des  Namnètes qui résidaient dans l'actuel département de la Loire-Atlantique, au nord de la Loire.
"Ker-", "Guen-", "Plou-" "Tre-", survolons quelques-uns des toponymes du cru breton.
 La toponymie bretonne se compose d'une Cloître de l'Abbaye de Daoulas (1173), Bretagne - Francepart  des toponymes  brittoniques et d'autre part  des toponymes  romans  ou romanisés.
 Les  appellatifs  toponymiques et les  anthroponymes  (noms  de  personnes  donnés  à  des  lieux)  issus  du  breton  se  concentrent  essentiellement  à  l'ouest  de  la  Bretagne  (Bretagne  bretonnante)  et  les  toponymes  romans  dans  sa  partie  est  et  sud  (Bretagne  gallo).

Kernevez, Kervignac, Kerfeunteun, Kerfourn, Kermoroc'h
"Ker" en breton signifie "lieu habité", allant du village à la forteresse.Vieux four à pain sur la butte de Quistinic en Moustoir-Ac, Bretagne 
Kernevez : "le  nouveau  village" ;
Kervignac : "le  village  de  Veneius" : 
Kerfeunteun : "le  village  de  la  fontaine" ;
Kerfourn : "le  village  du  four" :
Kermoroc'h  est  composé  de  "Ker" - "Mor"  et  "Roc'h" : "le  village  entre  mer  et rochers".
Nous  retrouvons  l'appellatif  "Mor"  dans "Morbihan" ("Mor-Bihan" en breton) : "la petite mer".

Guenrouet, Le Pouliguen, Guéméné, Porzh-Guen, Guingamp, Guérande, Vannes
Marais-salants, Guérande, Bretagne - France"Gwenn"  signifie  "blanc, pur, sacré".
 Guenrouet  (en  breton  Gwenred), "le  gué  sacré" :
 Le Pouliguen  (Ar  Pouliguen) : "l'anse  blanche" ;
 Guéméné  (Gwenvenez - Penfaou) : "la  colline  blanche" ;
 Porzh-Guen : "le  port  blanc" ;
 Guingamp : “champ  blanc”  ou  "champ  laissé  en  friche ;
 Guérande : "terre  blanche"  ou  "champ  stérile"  ou  encore  
"parcelle  consacrée".
Vannes (Gwened) : "le pays de ceux qui ont les cheveux blancs".

Pen-Hir, Penguilly, Penmarc'h, Penn-ar-Bed (Finistère)
"Penn" signifie "tête, bout, cap, extrémité, origine".Pointe de Pen Hir, Bretagne - France
Pen-Hir (Beg Penn Hir) : "la longue pointe" ; 
Penguilly (penn-killi) : "le bout du bois" ou "pen-guilly" "tête de lumière" ;  
Penmarc'h : "tête de cheval" : Finistère (Penn-ar-Bed) : "le bout du monde".

Guern, Vern
"Gwern" en breton signifie "aulne", "aulnaie", "marais".
Guern et Vern-sur-Seiche (Gwern-ar-Sec’h) ont la même racine.

Vieux puits, Guern - Bretagne

La Bretagne a longtemps été considérée comme le bastion catholique de la France, en témoignent souvent les appellatifs préfixés comme "Plou/Plé", "Tré" et "Loc" :

Plounévez, Plougastel, Plouhinec, Pléboulle, Ploërmel, Ploumanac'h
Oratoire de Saint-Guirec, Ploumanac'h, Bretagne - France"Plou-" ou "Plé-" - en latin "plebem", peuple - prend le sens de "paroisse" en breton.
Ainsi Plounévez : "la  nouvelle  paroisse" ;
Plougastel : "la  paroisse  du  château" ;
Plouhinec : "la  paroisse  aux  ajoncs" ;
Ploërmel : "paroisse  d'Arthmael" ;
Pléboulle : "la paroisse  dédiée  à  Saint - Paul" ;
Le cas de Ploumanac'h est un peu différent puisque ce nom provient de la déformation du breton "Poull Manac'h", "Poull signifiant "l'anse" ou "la mare au moine".

Tréguennec, Trégarantec, Tréhoranteuc, Trégastel, Trébédan
"Tré-", issu du vieux breton "Treb-", "Trev-" signifie "le quartier", Église,Tregastel, Bretagne - France"l'habitation", "le village" puis "grève" (annexe paroissiale).
Tréguennec : "le beau village" ;
Trégarantec : "l'habitation  aimable" ; 
Tréhorenteuc : "pays  de  la  charité" ;
Trégastel : "trêve  du  château" ;
Trébédan : "village  de  saint  Petran".

Locronan, Locmaria, Loctudy, Locmiquélic, Locminé
Locronan, Bretagne - France"Lok" (du latin "locus", avec ici le sens de lieu sacré, église ou ermitage dédiée à un saint).
Locronan : "lieu  consacré  à  Ronan" ;
Locmaria : "le pays  de  la  Vierge  Marie" :
Loctudy : "lieu  consacré  à  Tudy"  
(fondateur  de  la  première  communauté chrétienne  au  Ve  siècle) ;
Locmiquélic : "l'ermitage de Miquelic" (Michel) ; 
Locminé (en breton "Loc Menech") : "le  lieu  des  moines".

Plogoff, RoscoffRoscoff, Bretagne - France
"Goff", forgeron, peut aussi être lié au dieu forgeron "Gofannon".
Roscoff : de "Ros", "tertre", "butte", "le tertre du forgeron" (ou de Gofanon) ;
Plogoff : "la paroissse de Saint Cov, saint breton dont le nom se retrouve dans celui du village de Lescoff.

Le Pays des Bretons 
Nous l'avons dit plus haut, à l'époque romaine, la dénomination de "Bretagne" (Britannia) Vieux puits en Pays d'Argoat, Bretagnes'étendait  jusqu'au  sud  de  l'Écosse.  Afin  de  préserver
cette  grande  province  romaine  
des  tribus  "barbares"  
(les Pictes)  et  de  leurs  multiples  attaques,
deux  murs - frontières  furent  édifiés  par  les  Romains :
le Mur d'Hadrien et le Mur d'Antonin.


Entre 122  et 127 ap. J.C., l'empereur Hadrien fait édifier un mur Le Mur d'Hadrien (122 ap. J.C.) - Angleterrede défense situé au nord de l’Angleterre (à la frontière approximative de l'Écosse) à un endroit resserré entre l’embouchure de la Tyne en Mer du Nord et le Golfe de Solway Firth en Mer d’Irlande. D'une hauteur de 4,5 mètres et de 2,7 mètres de d'épaisseur le mur d'Hadrien s'étendait sur 117 kilomètres. Il était flanqué de trois cents tours et protégé par dix-sept camps retranchés.
Plus tard, vers 140, l'empereur Antonin - successeur d'Hadrien - fit ériger un autre mur en Grande-Bretagne doublant plus au Nord le mur d'Hadrien. Long de 60 km environ, il était situé entre le Firth of Forth et la Clyde (Écosse).​

 
Un peu d'histoire
En 851, un Royaume de Bretagne - entité éphémère - est constitué.
Ensemble paroissial de Saint ThégonnecC'est  le  Duché  de  Bretagne qui lui fait suite en 939 (dont  Anne  de  Bretagne  demeurera  la  plus  célèbre duchesse).
L'union  du  Duché  de  Bretagne  au  royaume  de  France  deviendra  définitive  en  1532  sous  le  règne  de  François  Ier.
Plus  tard,  sous la Révolution  Française, c'est  l'épisode  de  la  Chouannerie, guerre  civile Le couloir du Cairn de Gavrinis, Bretagne - Francequi  toucha  l'ouest  de la  France et opposant dès  1791  les  royalistes  (Chouans et Vendéens)  aux  républicains. 
Le  nom  de  "Chouan"  en  langue  gallo signifie "chat - huant", ou  "chouan", nom local de la chouette  hulotte. Pour  s'avertir et  se reconnaître, les  rebelles contrefaisaient  le cri du chat - huant.
L'appellation  de "Chouan"  se généralisa  aux autres  royalistes armés  dans les  provinces de l'ouest.

Blason de la Bretagne

Le blason de la Bretagne : "d'hermine plain"
Devise de la Bretagne : "Kentoc'h mervel eget em zaotra" soit "Plutôt la mort que la souillure" (Xe siècle).

Manoir des Beauvais (XIVe-XVe siècle), Dol-de-BretagneFort La Latte (XIVe siècle), Cap Fréhel - Bretagne

 

"Au grand dam de..."

Connaissiez-vous l'origine de l'expression "Au grand dam de..."

Tenture de l'Apocalyse (XIVe siècle),

Elle est utilisée pour dire "au grand dépit", "au grand courroux", "au grand désavantage", "au grand désarroi", "au préjudice" ou "au grand regret" de quelqu’un.

Le mot "dam" apparaît en France au IXe siècle dans les Serments de Strasbourg. Issu du latin "damnum" (préjudice), il est utilisé par les juristes de l'antiquité pour parler de "dommage" (physique ou moral) causé à une personne. "Dam" est l'ancêtre du mot "damage" (vers 1080), qui devint "domage" puis "dommage" vers 1160.
Pieter Brueghel l'Ancien - La chute des anges rebelles (1562) Sur le plan religieux la peine du dam  correspondait  à la damnation, "damnare" en  latin signifiant "condamner".
 "Damnum"  (préjudice)  est la forme neutre d’un  ancien  participe  de  "dare"  (donner). Les  Anciens  considérant le voeu comme un
 contrat passé avec la divinité,
 on trouve  souvent  l’expression  
 "damnatus voto"  signifiant  
 "astreint,  obligé, tenu"  par  religion  d'accomplir ce que l'on  a promis.

Jusqu'au XIXe siècle, le mot "dam" est resté en usage mais sous une forme figée : "À mon dam", "à son dam" etc. Puis il a disparu, ne demeurant dans la langue française que sous la forme de l'expression que nous lui connaissons actuellement. On retrouve sa racine dans les mots "endommager", "dédommager" mais également dans "indemne" (qui n'a pas subi de dommage).

Un peu d'histoire
Le 14 février 842, les Serments de Strasbourg signent
Charles II le Chauve (13 juin 823 - 6 oct. 877) - Bible de Metzl'alliance militaire entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, contre leur frère aîné, Lothaire Ier. Ils sont tous trois les fils de Louis le Pieux, lui-même fils de Charlemagne.
Louis II dit le Germanique (806 - 28 août 876)Louis le Germanique déclame son serment en langue romane (ancêtre de la langue française) pour être compris des soldats de Charles le Chauve. Et Charles le Chauve prononce le sien en langue tudesque (langue germanique) pour qu'il soit entendu des soldats de Louis. Cette façon de procéder constitue aussi, outre la compréhension par les soldats de l'autre partie, un acte symbolique.
Le texte roman des Serments
Les Serments de Strasbourg (842)a une portée philologique et symbolique essentielle puisqu'il constitue, pour ainsi dire, "l'acte de naissance de la langue française" dans le cadre d'un accord politique d'envergure historique.
Rédigé en roman et en tudesque, il constitue le plus ancien document écrit dans ces deux langues.. Ce n'est évidemment pas une oeuvre littéraire mais un document politique de premier ordre pour comprendre l'accession à l'écriture de la langue dite "vulgaire" (dans le sens de "vulgus", populaire, le commun des hommes).


Quartier de la Petite France - Strasbourg

"Passer sous les fourches caudines"

Connaissiez-vous l'origine de l'expression "Passer sous les fourches caudines" ?

La bataille des Fourches Caudines Soldats samnites. Fresque lucanienne, Paestum, vers 320 av. J.-C..jElle signifie être contraint de subir une épreuve difficile et humiliante.

Cette expression se réfère à une défaite romaine qui eut lieu en 321 avant J.-C. concluant une bataille opposant les Romains aux Samnites. Comme son nom l'indique, le Monts Picentini, Campanie - Italiethéâtre de la Bataille des Fourches Caudines (Furculae Caudinae) fut la Vallée des Fourches Caudines (Valle Caudina ou Stretta di Arpaia en italien). Située en Campanie - région de Naples -, cette vallée se présente sous forme de deux défilés montagneux, aux gorges profondes et étroites passant entre les rocs à pic des Apennins couverts de forêts sombres.Quercus (chêne)
L'appellatif "Fourche" - "furca" en latin - est apparenté à "quercus", chêne et prend le sens de "bois solide" ; dans le toponyme Furcae Caudinae (les Fourches Caudines, près de Caudium), il prend le sens de "chênaie". Le mot "fourche" pourrait être une ancienne association avec la foudre qui frappe le chêne.
Quant à l'adjectif "caudines", il se réfère à la cité de Caudium, située sur la Voie Appienne entre Capoue et Beneventum, à l'emplacement actuel de Montesarchio.
À l'issue de cette bataille, les Romains, défaits, durent passer sous le joug samnite.

Le joug
Une tradition de l'armée romaine consistait à dresser un joug symbolique (jugum), sorte de portique bas improvisé construit à l’aide de trois lances, dont une était attachée horizontalement aux deux autres fichées verticalement en terre, et sous lequel le vainqueur faisait passer, en signe de soumission, d'abord les chefs puis, à leur suite, les officiers et les soldats de l'armée vaincue. Lors de cet épisode militaire des Fourches Caudines, ce fut le tour des Romains de goûter aux joies de leur invention en passant sous le joug dressé cette fois à leur intention par les Samnites. 

Ainsi, l'expression "passer sous les fourches caudines" associe la toponymie et la topographie des lieux de cette bataille de Caudium à son issue jugulaire.

Un peu d'histoire
Les Samnites luttent contre les Romains qui veulent s'emparer de Naples. Vaincus, ils demandent la paix à Rome, mais le Sénat la leur refuse. Ils se promettent alors la mort Soldats samnites, frise, Paestum en Lucanie, IVe siècle av. J.-C.ou la vengeance. Ils élisent un nouveau général : Caius Pontius. Élaborant un stratagème destiné à faire tomber les Romains, ils reprennent les armes et se remettent en route. 
Ils envoient dix soldats travestis en bergers, dont la mission est de propager une fausse information ; celle-ci arrive aux oreilles des Romains. Le stratagème fonctionne : l'armée de 40 000 soldats romains avec à sa tête les deux consuls Titus Veturius Calvinus et Spurius Postumius Albinus s'ébranle afin de porter secours à ses alliés les Lucériens sensés être attaqués par les Samnites.
Les Romains choisissent le chemin le plus court : celui des Fourches Caudines. Ils s'avancent dans le défilé, mais la vallée est obstruée par des rocs, des arbres placés par les Samnites et leur armée conséquente qui les attend. La Stretta di Arpaia, Forchia - ItalieFaisant demi-tour, ils se rendent compte que la route est coupée : les collines sont couvertes de soldats.
Les Romains furent contraints de capituler sans condition. Les deux consuls se rendent et leurs légions avec eux. C’est alors que le chef samnite Caius Pontius, décide de les humilier davantage : afin de regagner leur cité, les 40 000 Romains - consuls en premier - devront passer sous le joug des Samnites, mains liées dans le dos et se courbant en signe de soumission.​

Dans son ouvrage "Histoire romaine", l'historien romain Tite-Live nous livre son récit :
Tite live 59 av j c 17 ap j c"D’abord il leur est enjoint de sortir de leurs retranchements, sans armes et avec un seul vêtement : les otages sont livrés les premiers, et conduits en prison. Vient ensuite le tour des consuls, dont on renvoie les licteurs et auxquels on ôte leur manteau. Un pareil opprobre attendrit à tel point ceux-là même qui, peu de temps avant, les chargent d’exécrations, Les fourches caudines ou joug romainet veulent qu’ils soient sacrifiés et mis en pièces, que chacun, oubliant son propre malheur, détourne ses regards de cette dégradante flétrissure d’une si haute majesté, comme d’un abominable spectacle.
Les consuls, presque à moitié nus, sont envoyés les premiers sous le joug ; puis chacun, suivant son grade, subit à son tour cette ignominie ; ensuite chaque légion successivement. L’ennemi, sous les armes, entoure les Romains ; en les accablant d’insultes et de railleries ; il lève même l’épée contre la plupart, et plusieurs sont blessés, quelques-uns tués, pour avoir offensé le vainqueur en laissant trop vivement paraître sur leur visage l’indignation qu’ils ressentent de ces outrages. Tous courbent donc ainsi la tête sous le joug, et, ce qui est en quelque sorte plus accablant, passent sous les yeux des ennemis."

N.B. Il est amusant de noter que l'adjectif "conjugal" issu du latin "conjugalis" a pour racine le mot "joug" : "cum", avec, + "jugum", joug.

Anneau romain en or (Ier siècle av. J. C.)

"L'entrechat est à la tresse ce que le divan est au conseil"

"L'entrechat est à la tresse ce que le divan est au conseil".

Si au fil du temps les mots "entrechat" et "tresse" se sont dissociés en acquérant chacun sa signification propre, ils sont en réalité issus d'une seule et même racine. Il en est de même pour les mots "divan" et "conseil".

Mathias Heymann dans


L'entrechat et la tresse.
Le mot "entrechat" est issu du latin "capriola intrecciata" (cabriole entrelacée),
apparenté à l'italien "treccia", tresse).
L'entrechat est un pas de danse classique consistant en un saut vertical durant lequel un danseur fait passer très rapidement ses pointes baissées l'une devant l'autre en plusieurs battements avant de retomber sur le sol. Le nombre d'entrechats effectués dans l'intervalle de chaque saut dépend de la hauteur de saut plus ou moins importante effectué par l'exécutant.
Le règne de Louis XIV (1638-1715) fut déterminant pour la valorisation et l'évolution de l'opéra-ballet. La célèbre danseuse Marie-Anne de Camargo (1710-1770) était célèbre pour sa virtuosité dans les entrechats.

Tresse

Le mot "tresse", provient initialement du grec "tríx" (ou "triche"), signifiant Buste d'Aphrodite; Praxitèle (IVe siècle av. J.C.)"poil, cheveux" ou de "trissos" (triple) ; en effet, une tresse classique est composée de trois mèches de cheveux.
Trix, triche, trissos" passèrent au latin vulgaire en "trichia" (tresse de cheveux), devinrent "treccia" en italien, puis "tresse" en français.
"Treccia", "capriola intrecciata", en français : "entrechat".
À noter que le mot grec "trixi" signifiait "écorce de palmier servant à fabriquer des cordes".


Divan
Le "divan" (canapé) fit son apparition en France vers la fin du XVIIIe siècle avec l'arrivée du courant orientaliste.
Le sultan mehmet ier en conseil 1387 1421 miniature ottomaneCe mot vient du persan, "diouân" qui signifiait "conseil" (dans le sens d'institution d'assemblée, de réunion).
Au XVIe siècle, en Perse, en Turquie et en Inde, le Divan était un Conseil suprême, un tribunal, ou une assemblée dont les notables siégeaient sur des coussins afin de statuer sur les décisions qui étaient soumises à réflexion. Dans l'Empire Ottoman, c'était en quelque sorte le Conseil des Ministres, réuni et présidé par le Grand Vizir ou par le Sultan lui-même.
Dans le monde indien "dîvân ou dîwân" désignait souvent le ministre des Finances et des Impôts
Dīvān-i-Khās (salles d'audiences privées), Fort Rouge d'Āgrā- Indeau service des souverains musulmans et particulièrement moghols. Plus rarement, sous les sultans de Delhi, le "dîvân" désignait le ministre des Armées.
Le Diouân était par extension le nom de la salle d'audience garnie de coussins et d'un sofa dans laquelle se réunissait le conseil. C'était également celui d'une salle de cérémonie. Aujourd'hui, du divan nous n'avons gardé que les coussins.

Un peu d'histoire
Les premières traces de coiffures tressées remontent à la préhistoire ainsi qu'en témoignent les statuettes de la
La Dame de Brassempouy, ivoire (21 000 av. J.C.), Landes - France"Dame de Brassempouy" ou encore de la "Vénus de Willendorf", datées de 21 000 à 22 000 ans avant J.C.
Elles démontrent que la tresse est probablement la plus ancienne coiffure du monde. On la retrouve dans les premières grandes civilisations africaines, telles que l'Égypte antique, la civilisation Nok, dont les membres hommes ou femmes, portaient différents types de coiffures tressées, parmi lesquelles les tresses collées ou tresses africaines.
Il en existe de nombreuses variétés parmi les différents peuples africains.

Ahkutomahka, indien PieganEn Asie également, les longues nattes étaient prisées par les différentes civilisations, ainsi en Chine, on en trouvait chez les hommes comme chez les femmes.
Chez les indiens d'Amérique, les coiffures étaient également très variées :

cheveux longs chez Apaches, crête chez les Creeks, tresses chez les Sioux.

Au XVIIIe siècle, les hussards français partageaient habituellement leurs cheveux tressés en

trois nattes épaisses : deux descendaient sur les tempes, celle du milieu allant se perdre dans la nuque. On les considérait comme des protections susceptibles d'amortir les coups de sabre.

 

Voilà pourquoi un Conseil des tresses (sans stress) vaut bien des entrechats sur un divan...

Banquette Louis XVI par George Jacob (1777)

"Être au bout du rouleau", "À tour de rôle"

Connaissiez-vous l'origine des expressions "Être au bout du rouleau" et "À tour de rôle" ?

Rouleaux de Sûtra du Heike Nokyo ( (1164-1167)
Nous utilisons généralement cette expression pour signifier que nous sommes à bout de forces physiques ou mentales.
Les mots "rouleau" et "rôle" sont issus du latin "rotulus" (venant lui-même de "rota", "roue") lequel désignait un objet cylindrique autour duquel on enroulait un papyrus ou un parchemin. Le parchemin fut l'unique support pour l'écriture utilisé durant le Moyen Âge, jusqu'à ce que le papier fasse son apparition.

Rouleau manuscrit, XVe siècle - AngleterreLe coût de fabrication du parchemin étant relativement onéreux, dès l'arrivée du papier, on finit par ne l'utiliser que très rarement.
Documents, manuscrits et chartes étaient constitués de feuilles collées les unes au bout des autres et rédigées uniquement sur le recto ; elles étaient ensuite roulées autour d'un cylindre puis enveloppées d'un parchemin afin de les protéger et de les conserver.
Ainsi, vers la fin du XIIe siècle le "rouleau" ou "rôle" désignait tout document enroulé sur ce type de support. Ainsi, lorsque l'on avait terminé la lecture d'un document, on était "Au bout du rouleau".
Aux XIVe et XVe siècles, on disait "Être au bout de son rollet". À cette époque, le texte des acteurs de théatre était écrit sur un rôle. Lorsque celui-ci était de petite taille ou que le rôle de théâtre était peu important, on utilisait le nom de rollet. Ainsi, celui qui arrivait au bout du rollet n'avait plus rien réciter.

Le mot "rôle" demeura dans le langage courant jusqu'à la fin du XVIIe siècle, ce qui nous renvoie à l'expression "À tour de rôle".
Les rôles (ou rouleaux) de parchemin conservaient des écrits de toutes sortes : registres administratifs mais également registres maritimes ou militaires. Le militaire "s'enrôlait"
La Bataille de Lagos (1693) - Théodore Gudin (1802-1880)dans l'Armée, le marin "s'enrôlait" dans la Marine : il s'y faisaient inscrire.
Ainsi, sur les navires, le "rôle" était ce registre d'appel contenant le nom de tous les marins marins embarqués. On appelait chacun l'un après l'autre donc "À tour de rôle" !que l'on écrivait au XVe siècle "À tour de rolle").
Mais s'il y avait des rôles, il y avait aussi des "contre-rôles" c'est-à-dire des listes falsifiées comportant des "présents" qui étaient en fait des absents (morts ou n'ayant jamais existé). Elle étaient crées par des officiers malhonnêtes dans le but de toucher la solde de ces fantômes. C'est ainsi qu'en 1292 on créa la fonction de "contreroullour" qui devint par la suite "controlleur" en 1320 et signifiant textuellement "celui qui vérifie, qui tient un registre". La fonction a perduré jusqu'à nos jours puisqu'elle porte le nom de "contrôleur".

Puis au XIXe siècle le "rouleau" a repris ses droits, matérialisé dans les banques par les rouleaux de pièces. "Être au bout de son rouleau" c'était ne plus avoir un sou.
L'apparition du phonographe pérennisa l'expression : ce dernier fonctionnant par l'intermédiaire d'un rouleau ou cylindre qui, après un ralentissement progressif arrivait en fin de course.

Du papyrus au papier
En grec ancien "papyros", puis en latin "papyrum" ou "papyrus" signifie "papier".
Rouleau de parchemin en papyrus, fragment des manuscrits de la mer MorteLe papyrus est un papier obtenu par superposition de fines tranches tirées des tiges de la plante "Cyperus papyrus". Il fut probablement inventé il y a 5 000 ans.
Il était abondamment utilisé en Égypte et autour de la Méditerranée dans l'Antiquité pour la réalisation de manuscrits.
Succédant au papyrus qui fut utilisé jusqu'au VIIe siècle, le parchemin était une peau de mouton ou de chèvre apprêtée spécialement pour servir de support à l'écriture. C'était un matériau extrêmement durable. Si les papiers habituels jaunissent en quelques années, on trouve aux Archives Nationales quantité de parchemins encore parfaitement blancs, et dont l'encre est restée parfaitement noire.
Fragment du Roman de Tristan par Chrétien de Troyes - 1300-1310 Aussi, il offre l'avantage d'être plus résistant et permet le pliage. Jadis, le terme parchemin s'employait également comme synonyme de diplôme.
Il fut le seul support des copistes européens au Moyen Âge jusqu'à ce que le papier apparaisse et le supplante.

D'invention chinoise, créé pendant la dynastie Han, en 105 av. J.C., le papier devint le support ordinaire de l'écriture.

Cahier chinois sur papier du Hokke-KyoLa composition du papier en Chine ne comporte pas de riz mais consiste pour l'essentiel de fibres de lin, d'une certaine proportion de fibres de lin, de bambous et d'écorces de muriers qui permettent de varier les papiers à l'infini, en couleur éventuellement.
Le secret de la fabrication du papier de qualité demeurera chinois et japonais jusqu’au VIIIe siècle. Lors de la bataille de Talas (Samarkand) en 751, les Arabes, victorieux, firent prisonniers de nombreux Chinois et récupérèrent ainsi le secret du papier et de la soie. Le papier arrivera en Andalousie en 1056, puis se propagera en Occident.

L'Alhambra - Espagne

"Avoir un oeil de lynx"

Connaissiez-vous l'origine de l'expression "Avoir un oeil de lynx" ?

Jason et les argonautes crate re athe nien de tail 425 375 av j c

Nous utilisons cette expression en parlant d'une personne à laquelle rien n'échappe, qui remarque le moindre détail, qui possède une vue hors du commun ou un regard perçant.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, elle ne se rapporte pas à la vue du lynx, animal dont le sens de la vue n'est pas plus aigu que celui des autres félins.
La forme originelle de cette expression n'était pas "Oeil de lynx" mais "Œil de Lyncée".
Lynx de Perse ou caracalDans la Mythologie grecque, Lyncée fut l'un des Argonautes qui accompagnèrent Jason dans l'épisode de "La Quête de la Toison d'Or". Il était le pilote de l’Argo, ce navire dont la légende nous dit qu'il transporta les Argonautes dans leur épopée.
Lyncée possédait une vue si perçante qu’elle lui donnait la faculté de voir à travers les murailles, les rochers, jusqu'au fond de la mer, jusqu’au centre de la Terre et au-delà des nuages. 
C'est probablement aux alentours du XIIe siècle que la confusion entre les termes "lins" (lynx) et "Lyncée" aurait donné sa forme actuelle à l’expression "Avoir un œil de lynx".

Petit résumé de l'épopée de la Toison d'Or  
Un jour, Zeus fit apparaître un bélier ailé. L'animal fut sacrifié mais on prit soin de conserver sa toison qui était en or. Elle fut offerte à Aeétès roi de Colchide qui la cloua à un chêne sacré gardé par un dragon. Longtemps après, en Thessalie, un jeune prince nommé Jason réclamait son trône à son oncle Pélias dont ce dernier s'était emparé. Pélias consentit à lui restituer le royaume, mais à la condition que Jason lui rapporte la toison d'or.
La toison d'or du bélier merveilleux était un talisman conférant puissance et immortalité. Avec cinquante compagnons (les Argonautes), Jason embarqua sur un vaisseau, l'Argo, à destination de la Colchide. Lorsqu'il parvint en ce lieu, il se rendit auprès du roi Aeétès. Celui-ci accepta de céder la Toison d'Or à la condition que les héros accomplissent certaines tâches apparemment impossibles. 
Or Médée, fille du roi Aeétès, tombe amoureuse de Jason, charmée par sa détresse. Médée est experte en magie. Le héros convoitant surtout l'aide providentielle que ses pouvoirs pourraient lui apporter, cède à ses charmes. 
Médée donne à son amant un onguent dont il doit s'enduire le corps afin de se protéger des flammes du dragon qui veille sur la Toison d'Or. Elle lui fait aussi présent d'une pierre qu'il jette au milieu des hommes armés : aussitôt, les guerriers s'entretuent et le héros peut s'emparer de la Toison. 

C'est ainsi que les Argonautes purent triompher des différentes embûches et conquérir la Toison d'or, et s'enfuir.

Jason Médée et la Toison d'Or

"Humilité : humus de l'humanité ?"

  Connaissiez-vous le point commun entre les mots "humilité" et "humanité" ?

Humus

L'humilité est l'état d'esprit d'une personne qui a conscience de ses insuffisances, de ses lacunes, de ses faiblesses ayant dans certains cas tendance à sous-estimer ses propres qualités, ses Vanitepropres talents ou ses propres mérites. C'est également une vertu permettant intimement de maîtriser et juguler les poussées d'orgueil. Elle s'oppose à la vanité qui est le désir de se faire valoir, d’être approuvé par les autres.
Sous un aspect social, elle caractérise également une condition modeste, une position sans prestige.

L'humanité désigne d'une part l'ensemble de l'espèce humaine, et d'autre part, un caractère philanthrope, bienveillant.

Étymologiquement, les mots "humilité" et "humanité" sont intimement liés par leur racine latine commune : "humus".

Le mot humilité, dérive du latin "humilitas", dont la racine est "humus" : la terre. Le terme latin "humus", issu du grec "khamai", Adam et e ve lucas cranach l ancien 1530en sanskrit "ksam", "dghem" en indo-européen, se rapporte en toutes ces langues à la terre dans le sens de sol. Nous retrouvons cette assimilation à la terre dans le nom "Adam" qui, dans les langues sémitiques (adama ou ha-adamah) signifie "humanité, homme" mais également "l'argile, la glaise, la terre".

Le "humus" latin devint en bas-latin "homo" : ce qui est au sol, mais aussi "homme" (à ne pas confondre avec le préfixe grec "homo" signifiant "semblable, pareil").
Au Moyen-Âge "homo" devint "hum" et prit le sens de "vassal" ; "hume" devient "homme" ou "soldat", synonyme de "soumis", "modeste" au sens latin de "humilis" (humble, peu profond).

L'humanité peut-elle croître et survivre sans l'humus de l'humilité ? 
Bien en amont de toute autre ambition, la reconnaissance et l'acceptation de cette racine vitale ne serait-elle pas - pour l'humain digne de ce nom - la clé de son devenir ?

Ainsi que le disait Marcel Aymé : "L'humilité est l'antichambre de toutes les perfections et sans celle-ci, toutes les vertus sont des vices."

L'homme de Vitruve - Léonard de Vinci (vers 1492)

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