Étymologie et Toponymie

"La catastrophe terrifie, et la désolation succède à la panique"

"La catastrophe terrifie, et la désolation succède à la panique"

Pompei - Italie

Nous pourrions tout aussi bien dire :

"Le bouleversement fait trembler, et le dépeuplement succède à la peur".

"Catastrophe"
Entré dans la langue française à partir du latin "catastropha"
L'éruption du Vésuve - Pierre-Jacques Volaire (1802)(évènement décisif) ce mot est issu du grec ancien "katastrophế", littéralement "katá" (vers le bas) et "strophê" (retournement, tournant). La "kastrophê" désignait en littérature la partie traitant le dénouement d'un poème dramatique ou d'une tragédie sous forme d'évènement décisif et destructeur qui bouleverse et qui ruine. En somme, un "coup de théâtre".

"Terrifier"
Du latin "terreo" (faire trembler, effrayer, épouvanter, faire peur), le verbe "terrifier" est issu du grec ancien "tréô" (trembler). On retrouve ce radical dans l'indo-européen commun *tres-" (trembler), en sanscrit "trásati" (trembler), "trasayati" (faire trembler).

"Panique"
Le mot panique est issu du grec "panikos", relatif à Pan. Mi-homme, mi-bouc,
Mosaïque au dieu Pan (IIe siècle av. J.C.), Genazzano - ItaliePan était le dieu des bergers, des pâturages et des bois. À l'instar de tous les dieux sylvains il s'amusait à effrayer les voyageurs qui s'égaraient dans les bois en leur apparaissant soudainement. La "panique", était la manifestation humaine de la colère de Pan.
En effet, s'il était naturellement le protecteur des pâtres et de leurs troupeaux, Pan était également considéré comme le dieu de la foule hystérique ; il avait le pouvoir de faire perdre son humanité à l'individu terrifié qu'il démembrait et dont il éparpillait les morceaux..

"Désolation"
En latin "desolatio" (destruction), issu du verbe "desolare" dont la racine est "solus" ou "sollus" (seul, unique, isolé, délaissé, abandonné) ;
Pompei - Italieainsi, "de-solare" signifiait "laisser seul, dépeupler, déserter, ravager, abandonner, priver de) par opposition à "consolare" (consoler, restaurer, réconforter).
Jusqu'au XIVe siècle, le verbe "désoler" était employé au participe passé pour "déserté" et à l'actif pour "ravager, dépeupler". Par la suite il a pris le sens que nous lui connaissons : "plonger dans une affliction extrême". Depuis 1672, il est également intégré dans l'usage de politesse, prenant une forme allégée en "contrarier, ennuyer", par exemple : "Je suis vraiment désolé pour vous !"

Un peu de mythologie
Lors du combat des Titans contre les dieux de l'Olympe, Pan ramassa une conque qu'il avait Syrinxtrouvée sur le rivage et s'en fit un porte-voix. Le mugissement fut tel qu'il plongea les Titans dans l’effroi et que ces derniers prirent la fuite, croyant avoir affaire à une puissance très supérieure à la leur.
Amateur de musique, Pan avait inventé la syrinx (flûte à sept tuyaux appelée "flûte de Pan") qui devint la flûte des bergers ; la nymphe Syrinx, en essayant d’échapper à ses assiduités, fut transformée en roseaux, à partir desquels Pan fabriqua ses flûtes.

Un peu d'histoire
Nous sommes sous le règne de l'empereur Titus. Le 24 août* 79, entre dix heures et midi, le Vésuve entame la destruction de Pompéi. La ville est progressivement ensevelie sous une épaisse couche de cendres et de magma.

Au cours des sept premières heures de l'éruption, des pierres ponces blanches tombent sur Pompéi, au rythme de Fresque de chasse, Pompei - Italie15 cm par heure, s'accumulant à hauteur de 1,30 m - 1,40 m.
Vers 8 heures du soir, la composition du magma se modifie et une pluie de pierres ponces plus foncées, dites "grises", s'abat sur Pompéi. La couche totale des pierres ponces atteint quelques 2,80 m d'épaisseur. Elle est si lourde que les toits des maisons s'effondrent, tuant un certain nombre d'habitants et entravant progressivement le chemin de ceux qui tentent de s'enfuir.
Parmi eux, l'écrivain et naturaliste Pline l'Ancien et ses compagnons
Pline l'Ancien"mettent sur leur tête des coussins et les attachent avec des tissus". Il est d'autant plus difficile de se déplacer que le nuage volcanique voile le soleil et que l'éruption s'accompagne de secousses sismiques.
Dans ses "Lettres", Pline le Jeune (neveu du précédent) les décrit "...si fortes que tout semblait non plus bouger, mais se renverser... on voyait d'autre part la mer retirée et comme tenue à l'écart du rivage par les secousses de la terre".

La seconde phase - la plus destructrice - commence le matin du deuxième jour vers 1h.
Lorsqu'une colonne éruptive ne peut plus supporter la charge en fragments, elle s'effondre sur elle-même et
Gaius plinus secundus histoire naturelledonne naissance à des écoulements (déferlantes pyroclastiques) plus ou moins denses de matériaux incandescents et de gaz le long des flancs du volcan, appelés "nuées ardentes".
Herculanum, une petite ville côtière à l'ouest de Pompéi, est rayée de la carte.
À l'aube, plusieurs déferlantes pyroclastiques atteignent Pompéi. Elles ont un effet dévastateur. Une masse fluide se déverse sur la ville, entraînant l'anéantissement de tout ce qui vit encore, que ce soit dans les rues ou dans les maisons. Une cendre fine, mêlée de gaz, pénètre dans les poumons et provoque l'asphyxie. Lorsque la dernière déferlante, la plus dévastatrice, touche la ville vers 8 heures du matin, toute vie y a déjà cessé. Pompéi disparaît sous six mètres de lapilli (fines particules de roches volcaniques) et Herculanum sous seize mètres de boues.

Sur les 10.000 à 15.000 habitants que devait compter Pompéi, le nombre de victimes qui succombèrent par asphyxie sousThermopolium, Pompei - Italie les nuées ardentes et retrouvées à ce jour est d'environ 3000 .
Dans les campagnes environnantes, les victimes ont dû se chiffrer par dizaine de milliers. Toutes n'ont pas été asphyxiées mais tuées instantanément par une violente vague de chaleur et de poussière.
Pline l'Ancien, qui avait tenté de fuir par la mer, mourut asphyxié par les émanations de gaz sulfureux. Son corps sera découvert trois jours plus tard.

Fresque panoramique, Villa des Mystères, Pompéi - Italie

* La date du 24 août demeure incertaine et, du fait de plusieurs indices, pourrait être celle du 24 octobre de la même année :
Le seul témoin oculaire survivant fiable, Pline le Jeune, âgé de 17 ans à l'époque de l'éruption, relate l'événement dans deux lettres adressées en l'an 104 à l'historien Tacite.

La date exacte de l'éruption fut longtemps placée au 24 août 79 car la majorité des manuscrits de Pline portait la mention des calendes de septembre, quelques manuscrits cependant portaient des leçons indiquant des dates différentes et légèrement postérieures.
L'une indique en particulier les calendes de novembre (1er novembre), peut-être faut-il alors placer l'éruption le neuvième jour avant les calendes de novembre, soit le 24 octobre de notre calendrier. Longtemps délaissée cette datation a suscité à nouveau l'intérêt des historiens grâce à des indices de plus en plus nombreux qui semblaient placer l'éruption en automne :

- des dolia (grandes amphores) semblaient contenir du vin fraîchement pressé ;
- des braseros étaient allumés le jour de l'éruption ;
- les victimes retrouvées dans la cendre portaient des vêtements plus chauds que les tuniques claires d'été ;
- la végétation indiquait l'automne : noix, figues et inversement les fruits d'été typiques d'un mois d'août étaient déjà vendus séchés ou en conserves ;
- l'analyse de monnaies trouvées en 1974 datant de la quinzième salutation impériale de Titus, nécessairement postérieures au début de septembre 79.

Fresque

"Désir et travail, fondements d'une nouvelle église ?

Désir et travail, fondements d'une nouvelle église ?

Si nous vivions encore en des temps très anciens, cette phrase pourrait être comprise de la façon suivante :

"Déception et souffrance, fondements d'une nouvelle assemblée du peuple ?"


Désir
Le sens que nous attribuons aujourd'hui au mot "désir" est synonyme de "souhait", "volonté d'obtenir". Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

En réalité, le mot "désir" est issu du verbe latin "desiderare", dérivé lui-même de "sidus", "sideris" (constellation, astre, étoile).

Ciel constelléAu sens littéral, "desiderare" signifie "cesser de contempler l'étoile, l'astre".
Rappelons qu'en français, le verbe "sidérer" qui signifie "être ébahi, stupéfait" vient du latin "siderari" : subir l’influence néfaste des astres.  
"Desiderium" et "desiderata" signifiaient à la fois "désir" et "regret", car "desiderare", c'était regretter, déplorer la perte de quelque chose ou de quelqu'un, éprouver de la nostalgie pour un astre disparu.
"Desiderare", qui était propre au vocabulaire des augures de l'Antiquité, signifiait "regretter l’absence de l’astre, du signe favorable à la destinée", par opposition au verbe "considerare", considérer, contempler sa présence et par extension, l'examiner attentivement.  
De même chez les marins d'antan, "desiderare", c'était constater l’absence d’un astre, ce qui associait ce verbe à sentiment de déception.

Travail
Le mot "travail" provient du latin "tripalium". Le tripalium était un instrument d’immobilisation à trois pieux utilisé par les Romains et destiné à torturer les esclaves rebelles.
Tripalium
C'était également un instrument servant à ferrer de force les chevaux rétifs.
Au XIIe siècle, le mot travail avait pour signification "
tourment, souffrance", le métier en tant que tel étant plutôt désigné par "labeur", du latin "labor" (peine, effort), donnant également "labour" au sens spécifique de travail dans les champs puis, plus tard, de sillonner la terre.
Ainsi,durant des siècles, "travail" a été l'incontournable synonyme de "souffrance".
De nos jours, nous lui préférons souvent le terme plus sophistiqué "d'activité professionnelle" ou celui plus approprié de "métier" . Métier : de l’ancien français "mestier", issu du latin "ministerium", service, qui donna également au Xe siècle "ministère", c'est-à-dire "service, office".
Notons qu'à la fin du XIIe siècle, une "femme de mestier" désignait une prostituée.
En revanche, "travail" a conservé son sens originel en matière d'accouchement ou de mise bas chez les animaux ; on parle alors de "phases de travail".


Église
PériclèsLe mot "église" provient du grec ancien "ekklesia" signifiant "assemblée du peuple", lui-même issu du verbe "ekkaleô", "convoquer, appeler au-dehors".
À l'avènement de l'ère chrétienne, il a été assimilé
au culte, à ses officiants et aux édifices religieux permettant aux croyants de se réunir. 

L'alliance des mots désir, déception et regret serait-elle donc inéluctablement scellée ?

Celle du travail et de la souffrance est-elle indissoluble pour jamais ?

La grande assemblée du peuple de la terre sera-t-elle l'église de demain, et ne pourrait-elle se constituer que sur la base du regret et de la souffrance ?

Autant de questions qui, depuis des lustres, agitent les méninges de nombreux penseurs.

Abbaye de Sénanque, Gordes - France

"Kernevez, Guenrouet, Vern, Ploumanac'h, Tréhoranteuc"

Que de sons envoûtants nous sont offerts par la fascinante Bretagne aux lieux mythiques, dont les noms résonnent comme autant d'incantations druidiques...

Alignements de Carnac, Bretagne - France
Mais bien avant les druides, la Bretagne était habitée depuis déjà 750 000 ans.
5.000 ans avant J.-C., des populations étaient sédentarisées, s'installant dans les vallées, près des points d'eau. C'est à ces dernières que nous devons les impressionnants Allée couverte de La Roche-aux-Fées, Essé - Bretagnemégalithes : menhirs, dolmens et cairns.
La Bretagne, "Breizh", de son nom originel, fut touchée dès le Ve siècle avant J.C. par un deuxième afflux de peuples celtiques venus de Grande Bretagne. Les Celtes imposèrent leur langue et leurs coutumes. Puis en 56 av. J.C., ce fut la conquête romaine. "Breizh" se latinisa en "Brittania" (ou aussi "Britannia") signifiant littéralement "le Pays des Bretons". Dès le Ier siècle, "Britannia" désignait la Bretagne insulaire, vaste province romaine qui comprenait l’Angleterre (l'Île de Bretagne), le pays de Galles et le sud de l’Écosse.Chemin des douaniers, Côte de Granit Rose - Bretagne
Cette partie maritime de la Gaule continentale​ et son arrière-pays (notre Bretagne) se nommait également en celtique continental ou gaulois "Aremorica" : "le pays qui fait face à la mer",
le pays des Aremorici "ceux qui habitent devant la mer, près de la mer" et comprenait également l'actuelle Normandie. Armorica est la
latinisation de ce terme d'où le nom de "Massif armoricain".
Mais revenons à Breizh, l'Armorique bretonne celtíque du Ve siècle av. J.C.
Le territoire est occupé par cinq peuples principaux qui ont laissé leurs noms à quelques villes. Ainsi : 
- Rennes (Roazhon en breton) tient son nom du peuple des Redones (en latin, "les cochers ou les cavaliers") résidant dans l'Est Remparts du Château de Fougères (1173) - Bretagnede l’actuel département de l’Ille-et-Vilaine. (Le nom de la ville de Redon est sans rapport avec celui de la tribu des Redones qui ont laissé leur nom à Rennes).
- Corseul (Kersaout) doit le sien aux Coriosolites ("les troupes qui veillent"​) dont le territoire se situait dans l'Est de l'actuel département des Côtes-d'Armor, dans l'Ouest de l'Ille-et-Vilaine et le Nord-Est du Morbihan.
- Vannes (Gwened) tient son nom du peuple des Vénètes ("ceux qui ont les cheveux blancs") qui s'étaient impalantés dans l’actuel Morbihan, apparentés aux peuples homonymes de Vénétie et du Gwynedd (région du pays de Galles).
- Les Osismes (dont le nom signifie "les plus hauts" ou "ceux du bout du monde") étaient localisés dans l'actuel département du Finistère Ouessant, Bretagne - Franceet la partie ouest des Côtes-d'Armor et du Morbihan, l'Île d'Ouessant comprise (en breton Enez Eusa, "l'ile la plus haute" ou "la plus éloignée"). Leur  capitale  était  Carhaix.
- Nantes, elle, a hérité  de  celui  des  Namnètes qui résidaient dans l'actuel département de la Loire-Atlantique, au nord de la Loire.
"Ker-", "Guen-", "Plou-" "Tre-", survolons quelques-uns des toponymes du cru breton.
 La toponymie bretonne se compose d'une Cloître de l'Abbaye de Daoulas (1173), Bretagne - Francepart  des toponymes  brittoniques et d'autre part  des toponymes  romans  ou romanisés.
 Les  appellatifs  toponymiques et les  anthroponymes  (noms  de  personnes  donnés  à  des  lieux)  issus  du  breton  se  concentrent  essentiellement  à  l'ouest  de  la  Bretagne  (Bretagne  bretonnante)  et  les  toponymes  romans  dans  sa  partie  est  et  sud  (Bretagne  gallo).

Kernevez, Kervignac, Kerfeunteun, Kerfourn, Kermoroc'h
"Ker" en breton signifie "lieu habité", allant du village à la forteresse.Vieux four à pain sur la butte de Quistinic en Moustoir-Ac, Bretagne 
Kernevez : "le  nouveau  village" ;
Kervignac : "le  village  de  Veneius" : 
Kerfeunteun : "le  village  de  la  fontaine" ;
Kerfourn : "le  village  du  four" :
Kermoroc'h  est  composé  de  "Ker" - "Mor"  et  "Roc'h" : "le  village  entre  mer  et rochers".
Nous  retrouvons  l'appellatif  "Mor"  dans "Morbihan" ("Mor-Bihan" en breton) : "la petite mer".

Guenrouet, Le Pouliguen, Guéméné, Porzh-Guen, Guingamp, Guérande, Vannes
Marais-salants, Guérande, Bretagne - France"Gwenn"  signifie  "blanc, pur, sacré".
 Guenrouet  (en  breton  Gwenred), "le  gué  sacré" :
 Le Pouliguen  (Ar  Pouliguen) : "l'anse  blanche" ;
 Guéméné  (Gwenvenez - Penfaou) : "la  colline  blanche" ;
 Porzh-Guen : "le  port  blanc" ;
 Guingamp : “champ  blanc”  ou  "champ  laissé  en  friche ;
 Guérande : "terre  blanche"  ou  "champ  stérile"  ou  encore  
"parcelle  consacrée".
Vannes (Gwened) : "le pays de ceux qui ont les cheveux blancs".

Pen-Hir, Penguilly, Penmarc'h, Penn-ar-Bed (Finistère)
"Penn" signifie "tête, bout, cap, extrémité, origine".Pointe de Pen Hir, Bretagne - France
Pen-Hir (Beg Penn Hir) : "la longue pointe" ; 
Penguilly (penn-killi) : "le bout du bois" ou "pen-guilly" "tête de lumière" ;  
Penmarc'h : "tête de cheval" : Finistère (Penn-ar-Bed) : "le bout du monde".

Guern, Vern
"Gwern" en breton signifie "aulne", "aulnaie", "marais".
Guern et Vern-sur-Seiche (Gwern-ar-Sec’h) ont la même racine.

Vieux puits, Guern - Bretagne

La Bretagne a longtemps été considérée comme le bastion catholique de la France, en témoignent souvent les appellatifs préfixés comme "Plou/Plé", "Tré" et "Loc" :

Plounévez, Plougastel, Plouhinec, Pléboulle, Ploërmel, Ploumanac'h
Oratoire de Saint-Guirec, Ploumanac'h, Bretagne - France"Plou-" ou "Plé-" - en latin "plebem", peuple - prend le sens de "paroisse" en breton.
Ainsi Plounévez : "la  nouvelle  paroisse" ;
Plougastel : "la  paroisse  du  château" ;
Plouhinec : "la  paroisse  aux  ajoncs" ;
Ploërmel : "paroisse  d'Arthmael" ;
Pléboulle : "la paroisse  dédiée  à  Saint - Paul" ;
Le cas de Ploumanac'h est un peu différent puisque ce nom provient de la déformation du breton "Poull Manac'h", "Poull signifiant "l'anse" ou "la mare au moine".

Tréguennec, Trégarantec, Tréhoranteuc, Trégastel, Trébédan
"Tré-", issu du vieux breton "Treb-", "Trev-" signifie "le quartier", Église,Tregastel, Bretagne - France"l'habitation", "le village" puis "grève" (annexe paroissiale).
Tréguennec : "le beau village" ;
Trégarantec : "l'habitation  aimable" ; 
Tréhorenteuc : "pays  de  la  charité" ;
Trégastel : "trêve  du  château" ;
Trébédan : "village  de  saint  Petran".

Locronan, Locmaria, Loctudy, Locmiquélic, Locminé
Locronan, Bretagne - France"Lok" (du latin "locus", avec ici le sens de lieu sacré, église ou ermitage dédiée à un saint).
Locronan : "lieu  consacré  à  Ronan" ;
Locmaria : "le pays  de  la  Vierge  Marie" :
Loctudy : "lieu  consacré  à  Tudy"  
(fondateur  de  la  première  communauté chrétienne  au  Ve  siècle) ;
Locmiquélic : "l'ermitage de Miquelic" (Michel) ; 
Locminé (en breton "Loc Menech") : "le  lieu  des  moines".

Plogoff, RoscoffRoscoff, Bretagne - France
"Goff", forgeron, peut aussi être lié au dieu forgeron "Gofannon".
Roscoff : de "Ros", "tertre", "butte", "le tertre du forgeron" (ou de Gofanon) ;
Plogoff : "la paroissse de Saint Cov, saint breton dont le nom se retrouve dans celui du village de Lescoff.

Le Pays des Bretons 
Nous l'avons dit plus haut, à l'époque romaine, la dénomination de "Bretagne" (Britannia) Vieux puits en Pays d'Argoat, Bretagnes'étendait  jusqu'au  sud  de  l'Écosse.  Afin  de  préserver
cette  grande  province  romaine  
des  tribus  "barbares"  
(les Pictes)  et  de  leurs  multiples  attaques,
deux  murs - frontières  furent  édifiés  par  les  Romains :
le Mur d'Hadrien et le Mur d'Antonin.


Entre 122  et 127 ap. J.C., l'empereur Hadrien fait édifier un mur Le Mur d'Hadrien (122 ap. J.C.) - Angleterrede défense situé au nord de l’Angleterre (à la frontière approximative de l'Écosse) à un endroit resserré entre l’embouchure de la Tyne en Mer du Nord et le Golfe de Solway Firth en Mer d’Irlande. D'une hauteur de 4,5 mètres et de 2,7 mètres de d'épaisseur le mur d'Hadrien s'étendait sur 117 kilomètres. Il était flanqué de trois cents tours et protégé par dix-sept camps retranchés.
Plus tard, vers 140, l'empereur Antonin - successeur d'Hadrien - fit ériger un autre mur en Grande-Bretagne doublant plus au Nord le mur d'Hadrien. Long de 60 km environ, il était situé entre le Firth of Forth et la Clyde (Écosse).​

 
Un peu d'histoire
En 851, un Royaume de Bretagne - entité éphémère - est constitué.
Ensemble paroissial de Saint ThégonnecC'est  le  Duché  de  Bretagne qui lui fait suite en 939 (dont  Anne  de  Bretagne  demeurera  la  plus  célèbre duchesse).
L'union  du  Duché  de  Bretagne  au  royaume  de  France  deviendra  définitive  en  1532  sous  le  règne  de  François  Ier.
Plus  tard,  sous la Révolution  Française, c'est  l'épisode  de  la  Chouannerie, guerre  civile Le couloir du Cairn de Gavrinis, Bretagne - Francequi  toucha  l'ouest  de la  France et opposant dès  1791  les  royalistes  (Chouans et Vendéens)  aux  républicains. 
Le  nom  de  "Chouan"  en  langue  gallo signifie "chat - huant", ou  "chouan", nom local de la chouette  hulotte. Pour  s'avertir et  se reconnaître, les  rebelles contrefaisaient  le cri du chat - huant.
L'appellation  de "Chouan"  se généralisa  aux autres  royalistes armés  dans les  provinces de l'ouest.

Blason de la Bretagne

Le blason de la Bretagne : "d'hermine plain"
Devise de la Bretagne : "Kentoc'h mervel eget em zaotra" soit "Plutôt la mort que la souillure" (Xe siècle).

Manoir des Beauvais (XIVe-XVe siècle), Dol-de-BretagneFort La Latte (XIVe siècle), Cap Fréhel - Bretagne

 

"Humilité : humus de l'humanité ?"

  Connaissiez-vous le point commun entre les mots "humilité" et "humanité" ?

Humus

L'humilité est l'état d'esprit d'une personne qui a conscience de ses insuffisances, de ses lacunes, de ses faiblesses ayant dans certains cas tendance à sous-estimer ses propres qualités, ses Vanitepropres talents ou ses propres mérites. C'est également une vertu permettant intimement de maîtriser et juguler les poussées d'orgueil. Elle s'oppose à la vanité qui est le désir de se faire valoir, d’être approuvé par les autres.
Sous un aspect social, elle caractérise également une condition modeste, une position sans prestige.

L'humanité désigne d'une part l'ensemble de l'espèce humaine, et d'autre part, un caractère philanthrope, bienveillant.

Étymologiquement, les mots "humilité" et "humanité" sont intimement liés par leur racine latine commune : "humus".

Le mot humilité, dérive du latin "humilitas", dont la racine est "humus" : la terre. Le terme latin "humus", issu du grec "khamai", Adam et e ve lucas cranach l ancien 1530en sanskrit "ksam", "dghem" en indo-européen, se rapporte en toutes ces langues à la terre dans le sens de sol. Nous retrouvons cette assimilation à la terre dans le nom "Adam" qui, dans les langues sémitiques (adama ou ha-adamah) signifie "humanité, homme" mais également "l'argile, la glaise, la terre".

Le "humus" latin devint en bas-latin "homo" : ce qui est au sol, mais aussi "homme" (à ne pas confondre avec le préfixe grec "homo" signifiant "semblable, pareil").
Au Moyen-Âge "homo" devint "hum" et prit le sens de "vassal" ; "hume" devient "homme" ou "soldat", synonyme de "soumis", "modeste" au sens latin de "humilis" (humble, peu profond).

L'humanité peut-elle croître et survivre sans l'humus de l'humilité ? 
Bien en amont de toute autre ambition, la reconnaissance et l'acceptation de cette racine vitale ne serait-elle pas - pour l'humain digne de ce nom - la clé de son devenir ?

Ainsi que le disait Marcel Aymé : "L'humilité est l'antichambre de toutes les perfections et sans celle-ci, toutes les vertus sont des vices."

L'homme de Vitruve - Léonard de Vinci (vers 1492)

"Brive, Amiens, Pontoise et Saint-Lô"

Connaissiez-vous le point commun entre Brive, Amiens, Pontoise et Saint-Lô ?

La Vieille Ville de Saint - Lô (Briovera), vue en amont du pont de-la Vire, Pierre Desire Levavasseur (1851)

Si nous remplaçons Brive par "Briva", Amiens par "Samarobriva", Pontoise par "Briva Isara" et Saint-Lô par "Briovera" qui étaient leurs noms d'origine, nous retrouvons l'élément "briva" ou sa variante "bria". En langue celtique, "briva ou "bria" signifie "pont".

Les Gaulois, ou Celtes, étaient sans doute installés dans une partie de la Gaule dès le IIe millénaire av. J.-C., puis leur population s’est étendue, en France, jusqu’à la Méditerranée et aux Pyrénées. Ainsi, beaucoup de racines celtiques (ou gauloises, c'est la même chose) sont utilisées dans des noms composés. Certains des appellatifs toponymiques jadis considérés par les spécialistes comme pré-latins ou pré-celtiques sont identifiés aujourd'hui avec plus de certitude comme celtiques.

Le Pont Cardinal, Brive-La-Gaillarde (Briva) - FranceAinsi, Brive (Briva) est traversée par la Corrèze, dans le département français portant son nom. Un pont en bois dit "le pont du Buis" enjambait la Corrèze. Au XVe siècle, un pont de pierre à treize arches traversait les marais (guierles : îles marécageuses) plus proches de la cité.
Amiens (Samarobriva) est traversée par la Somme Cathédrale d'Amiens (Samarobriva)dont le département porte le nom : "Samara" désigne la Somme donc, "Pont sur la Somme".
"Samara" signifie également "tranquille". Vers le IVe siècle, le nom du peuple gaulois local, les Ambiani, s'est substitué à l'ancien nom de la ville "Samarobriva" et celle-ci fut nommée "Amiens".
Pontoise (Briva Isara) - FrancePontoise (Briva Isaræ) : "Isara" est le nom celtique de la rivière qui au fil du temps est devenu "Oise" (que l'on retrouve dans Isère, Isara, Yser), d'où la traduction romane passée sous la forme "Pontem Hiserae" en 874 signifiant "Pont de l'Oise". "Isara" est répandu en Europe. Il s'agit d'un mot vraisemblablement intégré par les Celtes à époque ancienne et qui signifie "l'impétueuse, la rapide". Il est apparenté à l'indo-européen "isərós", " impétueux, vif, vigoureux", proche du sanskrit "isiráh", de même sens.
On reconnaît d'ailleurs ce nom dans "Isar" en Allemagne, "Isel" en Autriche, "Isarco" en Italie, "IJssel ou Yssel" aux Pays-Bas.

Saint-Lô (Briovera), ancienne fortification, Normandie - FranceSaint-Lô (Briovera), en vieux français Briovère : "bri(v)a", pont, et "Vera", la Vire, "le pont sur la Vire".

Saint-Lô se trouve sur la Vire. "Vira" ou "ver", "var" en gaulois signifie "eau".

Au VIe siècle, la ville prit le nom de Saint-Laud, évêque de Coutances et de Briovère particulièrement honoré, et aurait abrité son tombeau. Par la suite, le nom de la ville devint Saint-Lô.
"Samara", "isar" et "vira" sont des hydronymes : du grec ancien "hydros", "eau", et "ónoma", "nom" c'est-à-dire des noms de cours d'eau ou d'étendues d'eau.

Pontoise par Camille Pissarro (1830 - 1903)

"Du masque au dortoir il n'y a qu'un pas"

"Du masque au dortoir, il n'y a qu'un pas"...

Masque funéraire en or, d'Agamemnon, Mycène 1550 - 1500 av. J.C.
Si nous remplacions "masque" par "personne" et "dortoir" par "cimetière", nous obtiendrions :
"De la personne au cimetière, il n'y a qu'un pas".
Quoique chacun de ces quatre mots ait conservé jusqu'à nos jours son sens propre, "personne" et "cimetière" de par leur étymologie greco-latine procèdent respectivement de "masque" et de "dortoir".

Masque de Tragédie"Personne"
Issu du latin "persona", ce mot signifie "masque de théâtre", "rôle" ; *perso, -onis" et "personare" : "se masquer".
En effet, la plupart des objets se rapportant au théâtre portent des noms grecs : "persona" pourrait être une déformation du grec ancien "prosopon", "masque", "visage". Cet unique signifiant introduit, en grec, aussi bien la notion de visage que de masque, ce qui nous permet de mesurer l’écart entre notre approche du masque et du visage - qui sont pour nous deux réalités bien distinctes et même parfois contraires - et celle des Grecs. Dans un premier temps, le "prosopon", c’est, étymologiquement, "ce que l’on offre au regard d’autrui". C’est donc ce qui est susceptible d’être vu mais aussi de voir.
En langue étrusque "phersu" est un masque de dieu psychopompe et signifie "personnage masqué".
Dans la mythologie, un dieu psychopompe (du grec ancien "psykhopompós" signifiant littéralement "guide des âmes") est le conducteur des âmes des morts, un guide ou un passeur vers la "nuit de la mort".
Ce mot ne prendra le sens de "personne" en qualité d'être purement humain qu'à partir du IIe siècle de notre ère.

"Cimetière"Nécropole de Banditaccia, IX-IIIe siècle av. J.C., Cerveteri - Italie
Du latin "coemeterium", devenu "cimiterium" issu lui-même du grec ancien "koimêtêrion" signifie "dortoir", "lieu pour dormir".
Le "masque" est-il vraiment si éloigné de la "personne" et le "dortoir" du "cimetière"... ? Les aléas de la vie humaine n'oscillent-t-ils pas souvent entre la tragédie grecque et le théâtre de boulevard ?

Un peu d'histoire
La Grèce antique connaît déjà la notion de costume de théâtre : les acteurs revêtent des habits, des souliers qui ne sont pas ceux de la vie quotidienne. Ceux-ci varient suivant l'époque et le genre (tragédie, comédie, drame satyrique), mais leur rôle reste identique : il s'agit de faciliter l'identification des personnages. En effet, un même Théâtre gallo-romain, Orange - Franceacteur peut jouer plusieurs rôles - parfois très différents - au sein d'une même pièce.
Toute la troupe porte un masque. Les masques couvraient la totalité du visage des comédiens. Ils étaient fabriqués avec des chiffons stuqués assemblés dans un moule et enduits de plâtre. Ils expriment des sentiments très forts : l’étonnement, la douleur, l’effroi. Les masques anciens ne couvrent que le visage. Par la suite, ils s'agrandissent vers le sommet du crâne, de sorte à pouvoir y fixer des perruques ou au contraire, à figurer un crâne chauve.

Le masque est percé aux yeux et à la bouche afin de permettre au comédien de se déplacer et de s'exprimer librement.Masque de Silène, drame satyrique, IIIe siècle avant J.C.
Le masque tragique est plutôt réaliste. Le masque du drame satyrique porte une barbe, des oreilles pointues et un crâne chauve. 
Le masque comique peut être très varié. Parfois, il caricature un personnage contemporain bien connu des spectateurs.

Les acteurs vont pieds nus ou chaussés de "kothornoi" ("cothurnes") sortes de bottines, parfois lacées, parfois dotées de bouts pointus et peut-être inventées par le tragédien grec Eschyle (526 av. J.-C .- 456 av. J.-C.).
Plus tard dans l'antiquité gréco-romaine, ils désignent des brodequins lacés sur le devant du mollet, à semelle Cothurnes de théâtretrès épaisse en bois ou en liège, portés par les acteurs tragiques afin de se grandir, de se donner une allure plus imposante ou plus majestueuse, comme le faisaient les soldats grecs, étrusques et romains.
Les acteurs tragiques dissimulaient cet artifice en portant de longues robes.
De cet accessoire de théâtre, un expression nous est restée : "Chausser le cothurne", qui signifie prendre un ton tragique ou pathétique de façon exagérée dans une situation qui n'en vaut pas la peine.

Le dortoir abbaye de Lagrasse, 1227, Languedoc-Roussillon - France

 

"Granville, Honfleur, Caudebec, Cherbourg"

Lorsque nous flânons au hasard des chemins de la belle Normandie, il est curieux de constater la fréquence des suffixes "-ville", "-beuf", "-tot", "-bec", "-fleur", pour les principaux, qui composent le nom de ses communes.

Blason duche de normandie thor ai e attendre et voir
L'appellatif "Normand" est un emprunt au francique *nortman" et signifie "homme du nord".
La Normandie est donc étymologiquement le "pays des hommes du Nord", ce qui ne nous étonnera pas sachant qu'entre le VIIIe et le XIe siècle, elle fut le théâtre d'invasions diverses et variées : Vikings et peuples germains entre autres. À bord de leurs bateaux (snekkars et drakkars), ils arrivent en vagues par le littoral, s'engouffrant par la Seine et par les rivières, déferlant sur le territoire en pillant, saccageant et en dévastant la contrée.Flotte normande, tapisserie de Bayeux
La plupart des noms de communes normandes se sont formés sur la base de diverses langues comme le celtique, le gallo-roman (l'une des principales langues d'oïl), auxquelles se sont ajoutées le vieux norrois (vieil islandais), l'anglo-saxon, des langues germaniques et scandinaves. Les suffixes caractéristiques de ces noms ne sont pas répartis de façon homogène sur les pays normands.

La Normandie possède deux "capitales" : Rouen pour la "Haute-Normandie" et Caen pour la "Basse-Normandie".

Granville rue du nordGranville, Trouville, Boscherville
La Normandie est la région de France où se concentre le plus grand nombre de noms formés en "-ville", issu du gallo-roman "villa" c'est-à-dire "domaine rural" et du latin "villa rustiqua", c'est-à-dire "grand domaine rural". Le suffixe "-ville" est généralement précédé soit par un adjectif, soit par un nom de personne (anthroponyme).
Ainsi :
- Granville est composé de "Grant" (en langue romane) - "grand" - et "-ville" : "le grand domaine rural".
- Trouville : "Torold" (nom de personne anglo-scandinave) et "-ville" : "le domaine rural de Torold".
- Boscherville : "Baldcar" (nom de personne d'origine germanique) : Abbaye de saint martin de boscherville"le domaine rural de Baldkar". (La forme courante jusqu'au XVe siècle est Bauquierville, avant de passer en ancien français par "boscher" nom signifiant "bûcheron".

Honfleur, Harfleur, Barfleur
Le suffixe "-fleur" du vieil anglais "flēot" c'est-à-dire "eau qui coule, courant, rivière se jetant dans la mer, bras de mer, flot".
Ainsi :
- Honfleur est composé de "Hon" qui serait issu d'un nom de personne anglo-saxon "Huna" et de "-fleur". Honfleur se situe en effet Honfleur le vieux portsur l'estuaire de la Seine.
- Barfleur : "Barbe" dans les formes les plus anciennes contracté en "Bar-" semble être un nom de personne Barbey, Barbay (ancien français Barbé "le Barbu", du gallo-roman Barbatu. Le port de Barfleur était à son époque le principal lien maritime entre le duché de Normandie et la Grande-Bretagne.
- Vittefleur : "Witte" déformation probable de l'islandais "lwitr" qui signifie "blanc" ou "qui a les cheveux blancs ou blonds, le teint pâle." Vittefleur : "la rivière blanche" est une commune située sur le fleuve côtier "La Durdent".

Le suffixe "-beuf" ou "-bot", du vieux norrois (vieil islandais) "bóð" ou "bud" qui signifie "cabane, abri, habitation, résidence, village".
- Quillebeuf : du norrois "kill" (bras de mer, estuaire) donc "habitation sur l'estuaire" (de la Seine).
- Daubeuf : de l'ancien scandinave "dalr" (vallon, vallée) donc "habitation ou village du vallon".

Le suffixe "-tôt", du vieux norrois "topt" qui signifie "emplacement, ferme, maison".
- Yvetôt : Ivo, nom de personne d'origine franque qui a donné par la suite le prénom "Yves". Donc, "la ferme d'Yves".
- Criquetot : "Crique-" du vieux norrois "kirkja", "église", ou "kerch", qui, en celtique, signifie "hauteur". Donc "l'emplacement de l'église" ou "maison de la hauteur.

Quelques autres suffixes :
"-bec" :
- Caudebec, du norrois "kaldr bekkr" signifiant littéralement "froid ruisseau".

"Cher-,-cher, ou -quier" :Villequier
- Cherbourg, du vieux norrois "kjarr", "marais" et "borg", "forteresse, ville fortifiée" c'est-à-dire "forteresse ou ville des marais".
- Villequier, du vieil anglais *wilig", "saule" et "kjarr", "sauleraie marécageuse".

Une curiosité : Ouistreham, dont le toponyme remonterait à l'installation de colons venus d'Angleterre avec les Scandinaves autour du Xe siècle.
"Ouistr-", vieil anglais "westre", "ouest", ou du latin "ostrea" qui a donné le vieux français "oistre", "huitre" ; "-ham", du vieil anglais "hām", "maison, foyer, groupe d'habitations". Ouistreham, "hameau de l'ouest" ou "hameau où l'on élève les huîtres".

Un peu d'histoire
Succédant à l'occupation romaine et à partir du IIIe siècle, les invasions "barbares" (Francs, Saxons, Frisons et autres peuples germaniques) commencent et se multiplieront tout au long du IXe siècle.

RollonAu cours d’une période s’étendant du VIIIe au XIe siècle le littoral doit également faire face à l'incursion et à la piraterie maritime des Vikings. Viking, en vieux norrois - vieil islandais - désigne un commerçant de longue date, remarquablement équipé pour cette activité, que la conjoncture a amené à se transformer en pillard ou en guerrier, là où c’était possible, lorsque c’était praticable, mais qui demeurera toujours quelqu’un d’appliqué à l'acquisition de richesses. Ce sont des scandinaves : Saxons, Norvégiens, Suédois, Danois. Il semble que l'une des raisons de ces invasions ait été l'adoucissement du climat ayant entraîné une augmentation de la population, enjoignant à trouver de nouveaux espaces.
En 911, Rollon, chef viking norvégien reçut de Charles le Simple la Neustrie, une terre allant de l'Epte à la mer, en contrepartie de l'arrêt de ses pillages et contre promesse de recevoir le baptême. Les négociations aboutissent au traité de Saint-Clair-sur-Epte qui marque la naissance du duché de Normandie. Rollon fut à l'origine du duché de Normandie.

N.B. Blason de la Normandie continentale : "De gueules à deux léopards d’or passant. Trois léopards pour les îles anglo-normandes, et les deux bailliages de Jersey et de Guernesey, comme celui de Richard Coeur de Lion, roi d’Angleterre et duc de Normandie. Devise de la Normandie : "Attendre et voir" (XIIIe siècle) qui aurait remplacé "Thor Aïe !" (Que Dieu nous aide) datant de 1047 à l'origine du nom du village de "La Thuraye".

 

Blason des îles anglo normandes

"Le mental"

Connaisssiez-vous l'origine du mot "Mental" ?

Nous avons trop souvent tendance à confondre "mental" et "intelligence".

Le mot "mental" nous vient du latin "mens", qui signifie "esprit", "mens" lié lui-même au verbe "mentiri" - "mentir".

Le mot "Intelligence" est dérivé du latin lui aussi : "intelligentia" - "faculté de comprendre".
En décomposant le mot "intelligentia", nous trouvons : le préfixe "inter"- (entre), et le radical "legere" (choisir, cueillir) ou "ligare" (lier).

Le mental - "mens" - est le réceptacle de ce qui est perçu par les sens. Il constitue une mémoire pleine d'idées, d'émotions, de perceptions agréables ou désagréables, de sensations heureuses ou douloureuses.
À l'intelligence il suggère les idées reçues (ou préconçues), au coeur les sentiments de sympathie ou d'antipathie, d'attraction ou de répulsion.
Si son contenu n'a pas été analysé, trié, "choisi", "relié" puis synthétisé suffisamment à temps par l'intelligence afin qu'elle puisse l'intégrer sainement à la mémoire de l'être, il agit littéralement comme un "brouilleur d'ondes", un écran de fumée parasitant nos facultés intellectuelles ou nos sentiments. Le mental devient alors "celui qui ment" alternativement ou simultanément au coeur et à l'intelligence.
Ainsi, il ne nous est pas toujours aisé de démêler l'écheveau du mental et de déterminer objectivement (avec l'aide de l'intelligence) ce qui nous convient réellement ou ce qui ne nous convient pas, que ce soit sur le plan intellectuel ou sur le plan affectif. Et la mémoire, au fil du temps, réapparaît sous des formes plus subtiles : "l'intuition" et les rêves.

L'intelligence pousse à l'action réfléchie, le coeur à l'attachement spontané, le mental provoque la réaction incontrôlée.

Lorsque nous disons d'une personne qu'elle a une "mauvaise mentalité", nous ne parlons pas de son intelligence proprement dite mais bien de son état d'esprit : "mens".

Autrement dit le mental exciterait l'imaginaire en lui instillant des pensées confuses pareilles à un essaim de mouches bourdonnantes, tandis que l'intelligence, elle, élaborerait des raisonnements clairs sur la base d'une imagination que la volonté aurait préalablement épurée et dont le coeur pourrait s'inspirer.
En d'autres termes, le mental résonne, l'intelligence raisonne et plus on résonne, moins on raisonne.

"Mens" en latin, "ménos" en grec mais aussi ... "men" de l’indo-européen commun signifiant "pensée".

Statuettes de Mehrgarh 2600 - 2000 av J.C Vallée de l'Indus
Les Anciens connaissaient déjà très bien ce mécanisme :
Il y a 3 000 ou 4 000 ans, les "Rishis" (littéralement sages voyants) rédigeaient les "Upanishads". Il s'agit d'un ensemble de textes philosophiques qui forment la base théorique de la religion hindoue.
Et voici ce qu'ils nous disent :

"Le corps est comme un char : l'âme en est le maître, l'intelligence en est le cocher, les rênes sont le mental, et les sens, ce sont les chevaux."

"Aurillac, Vitré, Aulnay, Orly"

Connaissiez-vous le point commun entre ces villes : Aurillac, Vitré, Aulnay, Orly ?

Pont sur le Tarn, Florac - France"-ac", "-é", "-ay", "-y".

A l’époque gallo-romaine, la plupart des noms de régions et de villes ont pour origine le nom du peuple (gallo-romain) qui les occupait. 
Le suffixe"-ac" vient du latin "-acum", lui-même dérivé du gaulois "-acos" ; il est typique des zones géographiques ayant connu un ancien peuplement de langue celtique - rappelons que le gaulois est une langue celtique et que les Celtes n'étaient pas cantonnés à la Bretagne -. "-ac" désigne le territoire d’un peuple ou d'un propriétaire.

Eglise saint pierre d aulnay de saintonge poitou charente franceAinsi, le territoire de Victorius a donné Vitrac, Vitré, ou encore Vitry, dans le Nord. Mais il a subi de nombreuses évolutions, prenant des formes très diverses dues au passage de la langue d'oc à la langue d'oil : l’on trouve surtout des "-ac" ou "-acq" dans les régions occitanes (Sud-Ouest, Massif central, mais aussi en Charentes, Vendée et en Haute-Bretagne de langue gallo) - comme les noms de famille Chirac ou Mauriac, bien connus -, mais plus on remonte vers le Nord (au-delà de la ville de Cognac), plus on rencontre ses formes dérivées : "é", "ay", "ey" ou "y" dans les régions d’oïl (Ouest, l’Île-de-France, le Nord et le Nord-Est).
La ville d’Aulnay (-de-Saintonge) provient du nom du domaine d’Alnedonnacum dont le nom gallo-romain de son propriétaire était Alnedonius.Domaine de Chantilly, Picardie - France copyright j l aubert
Orly aussi, ville de Aurelius, dérivé de "aureliacum", que l’on retrouve également dans le Sud, avec la ville d’Aurillac. Un suffixe qui fait donc le tour de la France tout en gardant son sens originel : la "propriété" d’un tel.

Le cas de la Bretagne est un peu particulier puisque, à part les territoires qui se sont francisés par la suite l'on y parlait une langue celtique brittonique conjointement au gallo-roman. Par exemple : 

Carnac, "karn" en breton ou "carn" en vieil irlandais et en gallois signifiant "tas de pierres, tumulus de pierre" ; ou encore, le verbe gaulois "carnitu(s)" traduit par : "ont érigé une tombe ".

Vitre bretagne franceQuelques autres variantes :
- En Limousin et en Auvergne, du fait que le "c" final ne se prononce pas, ce suffixe a parfois été francisé en "-at" : Cunlhat, Royat

- Dans les régions du Centre-Est : "-as" (Julienas), "-at" (Viriat), "-eu(x)" (Virieu, Savigneux), "-ex" (Morgex), "-ey" (Sarcey)

- Dans les régions germanisées (Nord, Nord-Est Alsace et Moselle francique)
-ach" (Brisach), "-ig" (Epfig), "-ecque" ou "-ecques" (Éperlecques)

- Dans le Nord, la Picardie, la Normandie : "-ies" (Landrecies), "-iers" (Guiseniers), "-ez" : Dardez.

Vitrac, Dordogne - France
N.B. La "toponymie" (du grec tópos, lieu et ónoma, nom) est la science qui étudie les noms de lieux ou "toponymes".

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