Étymologie

"La catastrophe terrifie, et la désolation succède à la panique"

"La catastrophe terrifie, et la désolation succède à la panique"

Pompei - Italie

Nous pourrions tout aussi bien dire :

"Le bouleversement fait trembler, et le dépeuplement succède à la peur".

"Catastrophe"
Entré dans la langue française à partir du latin "catastropha"
L'éruption du Vésuve - Pierre-Jacques Volaire (1802)(évènement décisif) ce mot est issu du grec ancien "katastrophế", littéralement "katá" (vers le bas) et "strophê" (retournement, tournant). La "kastrophê" désignait en littérature la partie traitant le dénouement d'un poème dramatique ou d'une tragédie sous forme d'évènement décisif et destructeur qui bouleverse et qui ruine. En somme, un "coup de théâtre".

"Terrifier"
Du latin "terreo" (faire trembler, effrayer, épouvanter, faire peur), le verbe "terrifier" est issu du grec ancien "tréô" (trembler). On retrouve ce radical dans l'indo-européen commun *tres-" (trembler), en sanscrit "trásati" (trembler), "trasayati" (faire trembler).

"Panique"
Le mot panique est issu du grec "panikos", relatif à Pan. Mi-homme, mi-bouc,
Mosaïque au dieu Pan (IIe siècle av. J.C.), Genazzano - ItaliePan était le dieu des bergers, des pâturages et des bois. À l'instar de tous les dieux sylvains il s'amusait à effrayer les voyageurs qui s'égaraient dans les bois en leur apparaissant soudainement. La "panique", était la manifestation humaine de la colère de Pan.
En effet, s'il était naturellement le protecteur des pâtres et de leurs troupeaux, Pan était également considéré comme le dieu de la foule hystérique ; il avait le pouvoir de faire perdre son humanité à l'individu terrifié qu'il démembrait et dont il éparpillait les morceaux..

"Désolation"
En latin "desolatio" (destruction), issu du verbe "desolare" dont la racine est "solus" ou "sollus" (seul, unique, isolé, délaissé, abandonné) ;
Pompei - Italieainsi, "de-solare" signifiait "laisser seul, dépeupler, déserter, ravager, abandonner, priver de) par opposition à "consolare" (consoler, restaurer, réconforter).
Jusqu'au XIVe siècle, le verbe "désoler" était employé au participe passé pour "déserté" et à l'actif pour "ravager, dépeupler". Par la suite il a pris le sens que nous lui connaissons : "plonger dans une affliction extrême". Depuis 1672, il est également intégré dans l'usage de politesse, prenant une forme allégée en "contrarier, ennuyer", par exemple : "Je suis vraiment désolé pour vous !"

Un peu de mythologie
Lors du combat des Titans contre les dieux de l'Olympe, Pan ramassa une conque qu'il avait Syrinxtrouvée sur le rivage et s'en fit un porte-voix. Le mugissement fut tel qu'il plongea les Titans dans l’effroi et que ces derniers prirent la fuite, croyant avoir affaire à une puissance très supérieure à la leur.
Amateur de musique, Pan avait inventé la syrinx (flûte à sept tuyaux appelée "flûte de Pan") qui devint la flûte des bergers ; la nymphe Syrinx, en essayant d’échapper à ses assiduités, fut transformée en roseaux, à partir desquels Pan fabriqua ses flûtes.

Un peu d'histoire
Nous sommes sous le règne de l'empereur Titus. Le 24 août* 79, entre dix heures et midi, le Vésuve entame la destruction de Pompéi. La ville est progressivement ensevelie sous une épaisse couche de cendres et de magma.

Au cours des sept premières heures de l'éruption, des pierres ponces blanches tombent sur Pompéi, au rythme de Fresque de chasse, Pompei - Italie15 cm par heure, s'accumulant à hauteur de 1,30 m - 1,40 m.
Vers 8 heures du soir, la composition du magma se modifie et une pluie de pierres ponces plus foncées, dites "grises", s'abat sur Pompéi. La couche totale des pierres ponces atteint quelques 2,80 m d'épaisseur. Elle est si lourde que les toits des maisons s'effondrent, tuant un certain nombre d'habitants et entravant progressivement le chemin de ceux qui tentent de s'enfuir.
Parmi eux, l'écrivain et naturaliste Pline l'Ancien et ses compagnons
Pline l'Ancien"mettent sur leur tête des coussins et les attachent avec des tissus". Il est d'autant plus difficile de se déplacer que le nuage volcanique voile le soleil et que l'éruption s'accompagne de secousses sismiques.
Dans ses "Lettres", Pline le Jeune (neveu du précédent) les décrit "...si fortes que tout semblait non plus bouger, mais se renverser... on voyait d'autre part la mer retirée et comme tenue à l'écart du rivage par les secousses de la terre".

La seconde phase - la plus destructrice - commence le matin du deuxième jour vers 1h.
Lorsqu'une colonne éruptive ne peut plus supporter la charge en fragments, elle s'effondre sur elle-même et
Gaius plinus secundus histoire naturelledonne naissance à des écoulements (déferlantes pyroclastiques) plus ou moins denses de matériaux incandescents et de gaz le long des flancs du volcan, appelés "nuées ardentes".
Herculanum, une petite ville côtière à l'ouest de Pompéi, est rayée de la carte.
À l'aube, plusieurs déferlantes pyroclastiques atteignent Pompéi. Elles ont un effet dévastateur. Une masse fluide se déverse sur la ville, entraînant l'anéantissement de tout ce qui vit encore, que ce soit dans les rues ou dans les maisons. Une cendre fine, mêlée de gaz, pénètre dans les poumons et provoque l'asphyxie. Lorsque la dernière déferlante, la plus dévastatrice, touche la ville vers 8 heures du matin, toute vie y a déjà cessé. Pompéi disparaît sous six mètres de lapilli (fines particules de roches volcaniques) et Herculanum sous seize mètres de boues.

Sur les 10.000 à 15.000 habitants que devait compter Pompéi, le nombre de victimes qui succombèrent par asphyxie sousThermopolium, Pompei - Italie les nuées ardentes et retrouvées à ce jour est d'environ 3000 .
Dans les campagnes environnantes, les victimes ont dû se chiffrer par dizaine de milliers. Toutes n'ont pas été asphyxiées mais tuées instantanément par une violente vague de chaleur et de poussière.
Pline l'Ancien, qui avait tenté de fuir par la mer, mourut asphyxié par les émanations de gaz sulfureux. Son corps sera découvert trois jours plus tard.

Fresque panoramique, Villa des Mystères, Pompéi - Italie

* La date du 24 août demeure incertaine et, du fait de plusieurs indices, pourrait être celle du 24 octobre de la même année :
Le seul témoin oculaire survivant fiable, Pline le Jeune, âgé de 17 ans à l'époque de l'éruption, relate l'événement dans deux lettres adressées en l'an 104 à l'historien Tacite.

La date exacte de l'éruption fut longtemps placée au 24 août 79 car la majorité des manuscrits de Pline portait la mention des calendes de septembre, quelques manuscrits cependant portaient des leçons indiquant des dates différentes et légèrement postérieures.
L'une indique en particulier les calendes de novembre (1er novembre), peut-être faut-il alors placer l'éruption le neuvième jour avant les calendes de novembre, soit le 24 octobre de notre calendrier. Longtemps délaissée cette datation a suscité à nouveau l'intérêt des historiens grâce à des indices de plus en plus nombreux qui semblaient placer l'éruption en automne :

- des dolia (grandes amphores) semblaient contenir du vin fraîchement pressé ;
- des braseros étaient allumés le jour de l'éruption ;
- les victimes retrouvées dans la cendre portaient des vêtements plus chauds que les tuniques claires d'été ;
- la végétation indiquait l'automne : noix, figues et inversement les fruits d'été typiques d'un mois d'août étaient déjà vendus séchés ou en conserves ;
- l'analyse de monnaies trouvées en 1974 datant de la quinzième salutation impériale de Titus, nécessairement postérieures au début de septembre 79.

Fresque

"Désir et travail, fondements d'une nouvelle église ?

Désir et travail, fondements d'une nouvelle église ?

Si nous vivions encore en des temps très anciens, cette phrase pourrait être comprise de la façon suivante :

"Déception et souffrance, fondements d'une nouvelle assemblée du peuple ?"


Désir
Le sens que nous attribuons aujourd'hui au mot "désir" est synonyme de "souhait", "volonté d'obtenir". Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

En réalité, le mot "désir" est issu du verbe latin "desiderare", dérivé lui-même de "sidus", "sideris" (constellation, astre, étoile).

Ciel constelléAu sens littéral, "desiderare" signifie "cesser de contempler l'étoile, l'astre".
Rappelons qu'en français, le verbe "sidérer" qui signifie "être ébahi, stupéfait" vient du latin "siderari" : subir l’influence néfaste des astres.  
"Desiderium" et "desiderata" signifiaient à la fois "désir" et "regret", car "desiderare", c'était regretter, déplorer la perte de quelque chose ou de quelqu'un, éprouver de la nostalgie pour un astre disparu.
"Desiderare", qui était propre au vocabulaire des augures de l'Antiquité, signifiait "regretter l’absence de l’astre, du signe favorable à la destinée", par opposition au verbe "considerare", considérer, contempler sa présence et par extension, l'examiner attentivement.  
De même chez les marins d'antan, "desiderare", c'était constater l’absence d’un astre, ce qui associait ce verbe à sentiment de déception.

Travail
Le mot "travail" provient du latin "tripalium". Le tripalium était un instrument d’immobilisation à trois pieux utilisé par les Romains et destiné à torturer les esclaves rebelles.
Tripalium
C'était également un instrument servant à ferrer de force les chevaux rétifs.
Au XIIe siècle, le mot travail avait pour signification "
tourment, souffrance", le métier en tant que tel étant plutôt désigné par "labeur", du latin "labor" (peine, effort), donnant également "labour" au sens spécifique de travail dans les champs puis, plus tard, de sillonner la terre.
Ainsi,durant des siècles, "travail" a été l'incontournable synonyme de "souffrance".
De nos jours, nous lui préférons souvent le terme plus sophistiqué "d'activité professionnelle" ou celui plus approprié de "métier" . Métier : de l’ancien français "mestier", issu du latin "ministerium", service, qui donna également au Xe siècle "ministère", c'est-à-dire "service, office".
Notons qu'à la fin du XIIe siècle, une "femme de mestier" désignait une prostituée.
En revanche, "travail" a conservé son sens originel en matière d'accouchement ou de mise bas chez les animaux ; on parle alors de "phases de travail".


Église
PériclèsLe mot "église" provient du grec ancien "ekklesia" signifiant "assemblée du peuple", lui-même issu du verbe "ekkaleô", "convoquer, appeler au-dehors".
À l'avènement de l'ère chrétienne, il a été assimilé
au culte, à ses officiants et aux édifices religieux permettant aux croyants de se réunir. 

L'alliance des mots désir, déception et regret serait-elle donc inéluctablement scellée ?

Celle du travail et de la souffrance est-elle indissoluble pour jamais ?

La grande assemblée du peuple de la terre sera-t-elle l'église de demain, et ne pourrait-elle se constituer que sur la base du regret et de la souffrance ?

Autant de questions qui, depuis des lustres, agitent les méninges de nombreux penseurs.

Abbaye de Sénanque, Gordes - France

"L'entrechat est à la tresse ce que le divan est au conseil"

"L'entrechat est à la tresse ce que le divan est au conseil".

Si au fil du temps les mots "entrechat" et "tresse" se sont dissociés en acquérant chacun sa signification propre, ils sont en réalité issus d'une seule et même racine. Il en est de même pour les mots "divan" et "conseil".

Mathias Heymann dans


L'entrechat et la tresse.
Le mot "entrechat" est issu du latin "capriola intrecciata" (cabriole entrelacée),
apparenté à l'italien "treccia", tresse).
L'entrechat est un pas de danse classique consistant en un saut vertical durant lequel un danseur fait passer très rapidement ses pointes baissées l'une devant l'autre en plusieurs battements avant de retomber sur le sol. Le nombre d'entrechats effectués dans l'intervalle de chaque saut dépend de la hauteur de saut plus ou moins importante effectué par l'exécutant.
Le règne de Louis XIV (1638-1715) fut déterminant pour la valorisation et l'évolution de l'opéra-ballet. La célèbre danseuse Marie-Anne de Camargo (1710-1770) était célèbre pour sa virtuosité dans les entrechats.

Tresse

Le mot "tresse", provient initialement du grec "tríx" (ou "triche"), signifiant Buste d'Aphrodite; Praxitèle (IVe siècle av. J.C.)"poil, cheveux" ou de "trissos" (triple) ; en effet, une tresse classique est composée de trois mèches de cheveux.
Trix, triche, trissos" passèrent au latin vulgaire en "trichia" (tresse de cheveux), devinrent "treccia" en italien, puis "tresse" en français.
"Treccia", "capriola intrecciata", en français : "entrechat".
À noter que le mot grec "trixi" signifiait "écorce de palmier servant à fabriquer des cordes".


Divan
Le "divan" (canapé) fit son apparition en France vers la fin du XVIIIe siècle avec l'arrivée du courant orientaliste.
Le sultan mehmet ier en conseil 1387 1421 miniature ottomaneCe mot vient du persan, "diouân" qui signifiait "conseil" (dans le sens d'institution d'assemblée, de réunion).
Au XVIe siècle, en Perse, en Turquie et en Inde, le Divan était un Conseil suprême, un tribunal, ou une assemblée dont les notables siégeaient sur des coussins afin de statuer sur les décisions qui étaient soumises à réflexion. Dans l'Empire Ottoman, c'était en quelque sorte le Conseil des Ministres, réuni et présidé par le Grand Vizir ou par le Sultan lui-même.
Dans le monde indien "dîvân ou dîwân" désignait souvent le ministre des Finances et des Impôts
Dīvān-i-Khās (salles d'audiences privées), Fort Rouge d'Āgrā- Indeau service des souverains musulmans et particulièrement moghols. Plus rarement, sous les sultans de Delhi, le "dîvân" désignait le ministre des Armées.
Le Diouân était par extension le nom de la salle d'audience garnie de coussins et d'un sofa dans laquelle se réunissait le conseil. C'était également celui d'une salle de cérémonie. Aujourd'hui, du divan nous n'avons gardé que les coussins.

Un peu d'histoire
Les premières traces de coiffures tressées remontent à la préhistoire ainsi qu'en témoignent les statuettes de la
La Dame de Brassempouy, ivoire (21 000 av. J.C.), Landes - France"Dame de Brassempouy" ou encore de la "Vénus de Willendorf", datées de 21 000 à 22 000 ans avant J.C.
Elles démontrent que la tresse est probablement la plus ancienne coiffure du monde. On la retrouve dans les premières grandes civilisations africaines, telles que l'Égypte antique, la civilisation Nok, dont les membres hommes ou femmes, portaient différents types de coiffures tressées, parmi lesquelles les tresses collées ou tresses africaines.
Il en existe de nombreuses variétés parmi les différents peuples africains.

Ahkutomahka, indien PieganEn Asie également, les longues nattes étaient prisées par les différentes civilisations, ainsi en Chine, on en trouvait chez les hommes comme chez les femmes.
Chez les indiens d'Amérique, les coiffures étaient également très variées :

cheveux longs chez Apaches, crête chez les Creeks, tresses chez les Sioux.

Au XVIIIe siècle, les hussards français partageaient habituellement leurs cheveux tressés en

trois nattes épaisses : deux descendaient sur les tempes, celle du milieu allant se perdre dans la nuque. On les considérait comme des protections susceptibles d'amortir les coups de sabre.

 

Voilà pourquoi un Conseil des tresses (sans stress) vaut bien des entrechats sur un divan...

Banquette Louis XVI par George Jacob (1777)

"Humilité : humus de l'humanité ?"

  Connaissiez-vous le point commun entre les mots "humilité" et "humanité" ?

Humus

L'humilité est l'état d'esprit d'une personne qui a conscience de ses insuffisances, de ses lacunes, de ses faiblesses ayant dans certains cas tendance à sous-estimer ses propres qualités, ses Vanitepropres talents ou ses propres mérites. C'est également une vertu permettant intimement de maîtriser et juguler les poussées d'orgueil. Elle s'oppose à la vanité qui est le désir de se faire valoir, d’être approuvé par les autres.
Sous un aspect social, elle caractérise également une condition modeste, une position sans prestige.

L'humanité désigne d'une part l'ensemble de l'espèce humaine, et d'autre part, un caractère philanthrope, bienveillant.

Étymologiquement, les mots "humilité" et "humanité" sont intimement liés par leur racine latine commune : "humus".

Le mot humilité, dérive du latin "humilitas", dont la racine est "humus" : la terre. Le terme latin "humus", issu du grec "khamai", Adam et e ve lucas cranach l ancien 1530en sanskrit "ksam", "dghem" en indo-européen, se rapporte en toutes ces langues à la terre dans le sens de sol. Nous retrouvons cette assimilation à la terre dans le nom "Adam" qui, dans les langues sémitiques (adama ou ha-adamah) signifie "humanité, homme" mais également "l'argile, la glaise, la terre".

Le "humus" latin devint en bas-latin "homo" : ce qui est au sol, mais aussi "homme" (à ne pas confondre avec le préfixe grec "homo" signifiant "semblable, pareil").
Au Moyen-Âge "homo" devint "hum" et prit le sens de "vassal" ; "hume" devient "homme" ou "soldat", synonyme de "soumis", "modeste" au sens latin de "humilis" (humble, peu profond).

L'humanité peut-elle croître et survivre sans l'humus de l'humilité ? 
Bien en amont de toute autre ambition, la reconnaissance et l'acceptation de cette racine vitale ne serait-elle pas - pour l'humain digne de ce nom - la clé de son devenir ?

Ainsi que le disait Marcel Aymé : "L'humilité est l'antichambre de toutes les perfections et sans celle-ci, toutes les vertus sont des vices."

L'homme de Vitruve - Léonard de Vinci (vers 1492)

"Du masque au dortoir il n'y a qu'un pas"

"Du masque au dortoir, il n'y a qu'un pas"...

Masque funéraire en or, d'Agamemnon, Mycène 1550 - 1500 av. J.C.
Si nous remplacions "masque" par "personne" et "dortoir" par "cimetière", nous obtiendrions :
"De la personne au cimetière, il n'y a qu'un pas".
Quoique chacun de ces quatre mots ait conservé jusqu'à nos jours son sens propre, "personne" et "cimetière" de par leur étymologie greco-latine procèdent respectivement de "masque" et de "dortoir".

Masque de Tragédie"Personne"
Issu du latin "persona", ce mot signifie "masque de théâtre", "rôle" ; *perso, -onis" et "personare" : "se masquer".
En effet, la plupart des objets se rapportant au théâtre portent des noms grecs : "persona" pourrait être une déformation du grec ancien "prosopon", "masque", "visage". Cet unique signifiant introduit, en grec, aussi bien la notion de visage que de masque, ce qui nous permet de mesurer l’écart entre notre approche du masque et du visage - qui sont pour nous deux réalités bien distinctes et même parfois contraires - et celle des Grecs. Dans un premier temps, le "prosopon", c’est, étymologiquement, "ce que l’on offre au regard d’autrui". C’est donc ce qui est susceptible d’être vu mais aussi de voir.
En langue étrusque "phersu" est un masque de dieu psychopompe et signifie "personnage masqué".
Dans la mythologie, un dieu psychopompe (du grec ancien "psykhopompós" signifiant littéralement "guide des âmes") est le conducteur des âmes des morts, un guide ou un passeur vers la "nuit de la mort".
Ce mot ne prendra le sens de "personne" en qualité d'être purement humain qu'à partir du IIe siècle de notre ère.

"Cimetière"Nécropole de Banditaccia, IX-IIIe siècle av. J.C., Cerveteri - Italie
Du latin "coemeterium", devenu "cimiterium" issu lui-même du grec ancien "koimêtêrion" signifie "dortoir", "lieu pour dormir".
Le "masque" est-il vraiment si éloigné de la "personne" et le "dortoir" du "cimetière"... ? Les aléas de la vie humaine n'oscillent-t-ils pas souvent entre la tragédie grecque et le théâtre de boulevard ?

Un peu d'histoire
La Grèce antique connaît déjà la notion de costume de théâtre : les acteurs revêtent des habits, des souliers qui ne sont pas ceux de la vie quotidienne. Ceux-ci varient suivant l'époque et le genre (tragédie, comédie, drame satyrique), mais leur rôle reste identique : il s'agit de faciliter l'identification des personnages. En effet, un même Théâtre gallo-romain, Orange - Franceacteur peut jouer plusieurs rôles - parfois très différents - au sein d'une même pièce.
Toute la troupe porte un masque. Les masques couvraient la totalité du visage des comédiens. Ils étaient fabriqués avec des chiffons stuqués assemblés dans un moule et enduits de plâtre. Ils expriment des sentiments très forts : l’étonnement, la douleur, l’effroi. Les masques anciens ne couvrent que le visage. Par la suite, ils s'agrandissent vers le sommet du crâne, de sorte à pouvoir y fixer des perruques ou au contraire, à figurer un crâne chauve.

Le masque est percé aux yeux et à la bouche afin de permettre au comédien de se déplacer et de s'exprimer librement.Masque de Silène, drame satyrique, IIIe siècle avant J.C.
Le masque tragique est plutôt réaliste. Le masque du drame satyrique porte une barbe, des oreilles pointues et un crâne chauve. 
Le masque comique peut être très varié. Parfois, il caricature un personnage contemporain bien connu des spectateurs.

Les acteurs vont pieds nus ou chaussés de "kothornoi" ("cothurnes") sortes de bottines, parfois lacées, parfois dotées de bouts pointus et peut-être inventées par le tragédien grec Eschyle (526 av. J.-C .- 456 av. J.-C.).
Plus tard dans l'antiquité gréco-romaine, ils désignent des brodequins lacés sur le devant du mollet, à semelle Cothurnes de théâtretrès épaisse en bois ou en liège, portés par les acteurs tragiques afin de se grandir, de se donner une allure plus imposante ou plus majestueuse, comme le faisaient les soldats grecs, étrusques et romains.
Les acteurs tragiques dissimulaient cet artifice en portant de longues robes.
De cet accessoire de théâtre, un expression nous est restée : "Chausser le cothurne", qui signifie prendre un ton tragique ou pathétique de façon exagérée dans une situation qui n'en vaut pas la peine.

Le dortoir abbaye de Lagrasse, 1227, Languedoc-Roussillon - France

 

"Le mental"

Connaisssiez-vous l'origine du mot "Mental" ?

Nous avons trop souvent tendance à confondre "mental" et "intelligence".

Le mot "mental" nous vient du latin "mens", qui signifie "esprit", "mens" lié lui-même au verbe "mentiri" - "mentir".

Le mot "Intelligence" est dérivé du latin lui aussi : "intelligentia" - "faculté de comprendre".
En décomposant le mot "intelligentia", nous trouvons : le préfixe "inter"- (entre), et le radical "legere" (choisir, cueillir) ou "ligare" (lier).

Le mental - "mens" - est le réceptacle de ce qui est perçu par les sens. Il constitue une mémoire pleine d'idées, d'émotions, de perceptions agréables ou désagréables, de sensations heureuses ou douloureuses.
À l'intelligence il suggère les idées reçues (ou préconçues), au coeur les sentiments de sympathie ou d'antipathie, d'attraction ou de répulsion.
Si son contenu n'a pas été analysé, trié, "choisi", "relié" puis synthétisé suffisamment à temps par l'intelligence afin qu'elle puisse l'intégrer sainement à la mémoire de l'être, il agit littéralement comme un "brouilleur d'ondes", un écran de fumée parasitant nos facultés intellectuelles ou nos sentiments. Le mental devient alors "celui qui ment" alternativement ou simultanément au coeur et à l'intelligence.
Ainsi, il ne nous est pas toujours aisé de démêler l'écheveau du mental et de déterminer objectivement (avec l'aide de l'intelligence) ce qui nous convient réellement ou ce qui ne nous convient pas, que ce soit sur le plan intellectuel ou sur le plan affectif. Et la mémoire, au fil du temps, réapparaît sous des formes plus subtiles : "l'intuition" et les rêves.

L'intelligence pousse à l'action réfléchie, le coeur à l'attachement spontané, le mental provoque la réaction incontrôlée.

Lorsque nous disons d'une personne qu'elle a une "mauvaise mentalité", nous ne parlons pas de son intelligence proprement dite mais bien de son état d'esprit : "mens".

Autrement dit le mental exciterait l'imaginaire en lui instillant des pensées confuses pareilles à un essaim de mouches bourdonnantes, tandis que l'intelligence, elle, élaborerait des raisonnements clairs sur la base d'une imagination que la volonté aurait préalablement épurée et dont le coeur pourrait s'inspirer.
En d'autres termes, le mental résonne, l'intelligence raisonne et plus on résonne, moins on raisonne.

"Mens" en latin, "ménos" en grec mais aussi ... "men" de l’indo-européen commun signifiant "pensée".

Statuettes de Mehrgarh 2600 - 2000 av J.C Vallée de l'Indus
Les Anciens connaissaient déjà très bien ce mécanisme :
Il y a 3 000 ou 4 000 ans, les "Rishis" (littéralement sages voyants) rédigeaient les "Upanishads". Il s'agit d'un ensemble de textes philosophiques qui forment la base théorique de la religion hindoue.
Et voici ce qu'ils nous disent :

"Le corps est comme un char : l'âme en est le maître, l'intelligence en est le cocher, les rênes sont le mental, et les sens, ce sont les chevaux."

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